Total Coupable

Total Coupable

Les premiers mois de l’année ont été marqués chez Total, coup sur coup, par une assignation aux Prud’hommes pour préjudice d’anxiété et une condamnation pour homicide involontaire.

Dans les Bouches-du-Rhône, le 11 février dernier, 180 salariés et anciens travailleurs de TotalEnergies La Mède accompagnés de leur syndicat CGT ont déposé des requêtes demandant que soit reconnu et réparé « le préjudice d’anxiété » lié à leur exposition aux composés organiques volatils, et tout particulièrement au benzène, agent cancérigène, mutagène et reprotoxique (CMR), pointant des « manquements » de leur employeur.

Pendant des années, et alors que Total engrangeait des milliards, les travailleurs ont été exposés au benzène sans protection adaptée. La CGT dénonce un scandale industriel et sanitaire et rappelle que « la santé des travailleurs n’est pas négociable et ne doit jamais passer après la rentabilité. »

En parallèle dans une procédure distincte préparée depuis deux ans, le syndicat CGT avait impulsé en février 2025 une plainte collective « pour certaines infractions dont notamment pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. […] Le but de cette procédure est de faire condamner Total [au pénal] pour son inefficacité à protéger ses salariés.»

« Cela constitue un tout qui, nous l’espérons, fera en sorte que le groupe bouge ses lignes sur l’ensemble des sites dans un premier temps mais surtout en cas d’émergence de maladies professionnelles cela puisse permettre aux salariés touchés (organiques ou d’entreprises extérieures) de faire émerger un lien de causalité évident entre notre activité et la maladie professionnelle »

 « le recours massif et structurel à la sous-traitance tue »

Quelques jours après cette action aux Prud’hommes, le verdict d’une autre affaire, en Normandie, a torpillé la défense du groupe Total. Le 19 février, le tribunal correctionnel du Havre a ainsi « condamné Total et Bataille à 250 000 et 50 000 euros d’amende pour homicide involontaire à la suite du décès » d’un ouvrier. Comme le rappelait le syndicat, « ce drame n’est ni accident isolé, ni une fatalité. Il est la conséquence directe de manquements graves aux règles de sécurité, d’une politique de recours massif à la sous-traitance et d’une logique de rentabilité qui sacrifie la vie des travailleurs.»

Pour le syndicat CGT TotalEnergies Plateforme de Normandie, cette audience « historique » et « très rare » a confirmé que la direction « délinquante et récidiviste » du groupe et condamnée pour violation manifestement délibérée des obligations de sécurité « ne pouvait ignorer qu’il mettait en danger ses salariés et violait la loi. ». 

« Cette condamnation confirme que le recours massif et structurel à la sous-traitance tue. », explique encore la CGT qui regrette une « peine symbolique et pèse bien peu au regard des milliards de bénéfices réalisés par la multinationale [mais qui] doit servir de point d’appui pour lutter contre les accidents de travail qui causent plus de 1200 morts par an. Pour la CGT, le combat continue pour dénoncer les conditions de travail dangereuse imposées par le groupe donneur d’ordre et les directions sous-traitantes, revendiquer la réinternalisation des sous-traitants, exiger l’embauche de tous les travailleurs précaires, exiger la justice pour tous les morts au travail.