« Accident » mortel à Elkem : le patronat est responsable de la mort de deux syndicalistes

« Accident » mortel à Elkem : le patronat est responsable de la mort de deux syndicalistes

Un très grave accident industriel au sein de l’usine Elkem Silicones, à Saint-Fons dans la région lyonnaise, fin décembre, a causé la mort de deux salariés – une salariée est encore entre la vie et la mort – et entraîné le confinement des habitants de quatre communes en banlieue de Lyon.

Ces deux salariés étaient deux syndicalistes. Nous leur rendons ici un vibrant hommage : la mort de ces salariés est une tragédie pour leurs familles et interpellent l’ensemble du collectif de travail, à Elkem, ainsi que l’ensemble des travailleurs de la vallée de la chimie, mais aussi de toute la France.

Cet accident meurtrier était évitable : il y a des responsables et des coupables. En tout état de cause, l’explosion a causé une vaste sidération et un sentiment larvé de colère chez les salariés des entreprises de la vallée de la chimie.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Lyon. Selon les premiers éléments, rapportés par plusieurs médias, il pourrait s’agir d’une explosion d’hydrogène liée à une opération classique de « dévolatilisation » d’un composé utilisé.

En 2016 déjà, un opérateur logistique d’un sous-traitant de cette usine était mort dans l’incendie d’une des bâtiments du site. Le groupe Elkem, industriel suédois détenu majoritairement par un groupe public chinois, avait été condamné à 50 000 euros d’amende pour homicide involontaire. 

Plusieurs vérités doivent être réaffirmées avec force :

  1. Il ne s’agit jamais, dans le cas présent d’Elkem mais aussi dans les cas passés, comme à AZF, uniquement d’accidents causés par l’inadvertance ou la maladresse de salariés. Une des questions posées est celle de l’organisation du travail, de la gestion du site par des entreprises privées qui cherchent – constamment – à échapper à leurs propres responsabilités.
  2. Il n’y a jamais de fatalité. Que des conséquences dramatiques provoquées par des causes rationnelles et identifiables. Un exemple : si tel ou tel site fonctionne de manière chronique en sous-effectif, en « flux tendu », est-ce la faute du salarié ou de celui qui « donne les ordres » ou qui use et abuse de la « subordination » ?
  3. Le patronat est donc toujours coupable. Coupable de sous-investissements chroniques, de gestions hasardeuses ou défaillantes des installations industrielles. Coupable de placer, systématiquement, le profit avant la vie, des salariés comme des populations riveraines des usines, notamment celles classées SEVESO.
  4. La loi du silence, l’omerta imposée par le patronat pour intimider et faire taire, sert les intérêts des groupes industriels. De même, le faux débat, volontairement anxiogène et sans solutions concrètes, autour de la dangerosité des « produits chimiques » a pour unique fonction de détourner les yeux des salariés et des riverains des réels enjeux, à savoir « qui produit quoi, pour qui et dans quel intérêt ? »
  5. Cette question, balayée du revers de la main par l’État, les industriels mais aussi par certains lobbies qui lorgnent sur le magot foncier de la vallée de la chimie, est fondamentale car elle pose le sujet de la gestion capitaliste de produits dangereux, à très haute valeur ajoutée et indispensable (à l’image du pétrole, du plastique, du caoutchouc…) à la production/transformation de produits de base.

Un exemple : les engrais chimiques, très explosifs, sont-ils mauvais par « nature » ? Non. Permettent-ils de multiplier les rendements agricoles ? Oui. Cette hausse des rendements est-elle d’abord bénéfique au patronat, ou à la population ? C’est là toute la question : la production d’engrais chimiques est nécessaire au secteur de l’agro-industrie, pas pour nourrir la population (conséquence) mais bien pour surproduire et sur-exporter à l’étranger (cause).

La bataille menée par les salariés de Yara à Montoire de Bretagne contre la fermeture du site par le géant norvégien a illustré cette problématique. Yara a fermé son usine, arguant au passage du « danger » du site pour les populations (après des décennies d’existence et de sous-investissement volontaire du groupe)… mais Yara a aussi conservé sa plateforme de stockage, désormais sur-utilisée. Résultat : l’usine a fermé, les emplois ont été liquidés… mais le danger ou le risque demeurent bien présents dans une zone où les habitations ont été construites – comme dans le cas de la Vallée de la chimie – autour des installations industrielles.

A Elkem comme ailleurs, le patronat a donc beau jeu de se lamenter ou de mettre en avant des sommes dérisoires consacrées à la prévention des risques : il ne peut pas se défiler de ses propres responsabilités.

Les salariés, au cœur de ces gigantesques machines à produire du profit, sont les premiers et principaux acteurs : leur voix doit être écoutée et entendue. La gestion capitaliste est la cause de ces malheurs qui ne tombent pas du ciel.

A l’inverse, une production, destinée à répondre aux besoins de la population et débarrassée de la recherche incessante de profits, planifiée et dirigée par les travailleurs avec leurs organisations, éliminera- en une seule fois – l’arme braquée sur la tête des ouvriers et ouvrières qui manipulent/transforment/produisent des produits dits « dangereux » et indispensable au fonctionnement de notre société.

« un accident industriel n’est jamais une fatalité »

Dans une déclaration de branche, la FNIC CGT a exprimé « sa profonde solidarité aux victimes de cet accident survenu à Saint-Fons, qui a causé des blessures très graves et la mort de deux autres. […] À Saint-Fons comme ailleurs, les travailleurs payent de leur chair ce que les actionnaires encaissent en dividendes. Cet accident ne peut pas être considéré comme un événement isolé. »

Pour la Fédération nationale des Industries chimiques CGT, « un accident industriel n’est jamais une fatalité. Il est presque toujours le résultat de choix patronaux : des choix où la rentabilité prime sur la prévention, où l’on décide d’économiser sur la maintenance, la formation, les effectifs et le temps nécessaire pour travailler en sécurité. […] La suppression des CHSCT a constitué une régression majeure pour la prévention des risques. Elle a affaibli la capacité des travailleurs et travailleuses à intervenir, à contrôler, à alerter et à imposer des mesures de protection adaptées aux réalités du terrain. »

« Dans la chimie, nous travaillons avec des installations à hauts risques, des produits dangereux, des procédés complexes. Pourtant, depuis des années, les mêmes logiques sont à l’œuvre : pression sur les coûts, réduction des effectifs, sous-traitance en cascade, intensification du travail, dégradation continue des conditions de travail. […] La chimie n’est pas une industrie ordinaire. Quand la sécurité est sacrifiée, ce sont les travailleurs et travailleuses, mais aussi les riverains, les territoires et l’environnement qui sont exposés. », ajoute la FNIC CGT, qui explicite encore : « Dans une industrie à risques majeurs, la prévention ne peut pas être décidée uniquement depuis les bureaux ou les directions. Elle doit s’appuyer sur celles et ceux qui travaillent sur les installations au quotidien. C’est pourquoi nous affirmons la nécessité d’un véritable contrôle ouvrier en matière de santé et de sécurité, avec des moyens conséquents : du temps, des formations, des droits et un pouvoir réel d’intervention. »

Parmi les revendications mis en avant par la CGT on trouve ainsi :

  • Le retour de véritables CHSCT avec des moyens renforcés et un pouvoir réel.
  • La mise en place d’un contrôle ouvrier effectif sur les questions de santé et de sécurité avec des moyens humains et financiers.
  • La réduction du temps de travail, car la fatigue, l’usure et les cadences tuent.
  • Des investissements immédiats et massifs dans les installations, la maintenance, la formation et les effectifs.
  • L’arrêt définitif de toute logique d’économie sur la sécurité et la prévention.