Posté le 18 novembre 2019 Par Dans International Avec 334 Vues

Une semaine après le coup d’Etat, le point sur la guerre sociale en Bolivie

Que se passe-t-il en Bolivie ? Qui sont les acteurs de la guerre sociale ? Va-t-on vers une véritable guerre civile en Bolivie ? Un article pour faire le point sur la situation dans le pays andin, une semaine après le coup d’Etat contre Evo Morales.

La situation s’est accélérée en Bolivie le 10 novembre avec un coup d’Etat civil, politique et militaire qui a contraint le président Evo Morales à démissionner, trois semaines après sa réélection avec plus de 10 points d’avance sur son adversaire de droite. Le leader indien de la gauche socialiste et anti-impérialiste se trouvait à la tête de l’Etat plurinational de Bolivie depuis 2006.

Le putsch, qualifié de « coup d’Etat le plus audacieux » par Evo Morales, depuis son exil forcé au Mexique, a été rendu possible par les chefs de l’armée et de la police qui ont annoncé soutenir l’opposition contre Evo Morales.

Au moins 9 opposants au coup d’Etat ont été assassinés par les forces de l’ordre le 15 novembre à Cochabamba lors d’une manifestation violemment réprimée. Plus de 24 personnes ont été tuées depuis le coup d’Etat du 10 novembre.

Le gouvernement putschiste a par ailleurs publié le 16 novembre un décret visant à exempter l’armée et la police de toute responsabilité pénale dans le cadre de la répression contre les opposants au coup d’Etat.

 « Terreur blanche » en Bolivie

Dès l’annonce de la démission d’Evo Morales, des scènes de joie ont éclaté dans les beaux quartiers de la capitale, La Paz, tandis que des démonstrations de force de milices fascistes et suprémacistes blanches ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux.

De même, les images des putschistes investissant les lieux de pouvoir avec des Bibles format XXL, ont rappelé d’où venaient les instigateurs du coup d’Etat : de la frange la plus réactionnaire, ultra conservatrice, violemment raciste envers les populations indigènes.

Bien qu’occultée volontairement par la plupart des médias, c’est bien le climat de terreur (violences, prises d’otages, incendies volontaires de maisons de syndicalistes ou de soutiens à Morales, humiliations publiques de militants) mis en place par l’opposition sociale en Bolivie, c’est à dire par la bourgeoisie qui a joué un rôle dans la précipitation des événements.

N’oublions pas que cette « Terreur blanche » a poussé de nombreux ministres et élus de la majorité au pouvoir et issus du MAS (Mouvement vers le Socialisme), le parti d’Evo Morales, à démissionner, fuir ou se cacher par peur des représailles envers eux-mêmes ou contre leurs proches.

Face à la vacance du pouvoir, dont elle est seule responsable, la grande bourgeoisie bolivienne n’a pas perdu de temps. Profitant de l’absence contrainte de la majorité des députés, acquis à Evo Morales, une sénatrice de droite, Jeanine Añez, s’est autoproclamée « présidente » par intérim. De son côté, Evo Morales a promis de revenir en Bolivie.

La riposte sociale, ouvrière et indigène au coup d’Etat s’organise

Du côté des opposants au putsch, les premières ripostes s’organisent. De puissantes organisations sociales indigènes, comme la Federación de Juntas Vecinales de El Alto (Fejuve), et le principal syndicat du pays, la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), affiliée à la Fédération Syndicale Mondiale, ont adressé des ultimatums aux putschistes.

« Notre pays ne mérite pas ça. L’histoire les jugera un jour. Mais dans l’intervalle, et s’il n’y a pas de solution dans les 24 heures et que l’ordre constitutionnel n’est pas rétabli, la COB sera dans l’obligation et la nécessité de déclarer une grève générale illimitée, avec mobilisation et transfert de ses secteurs affiliés vers la ville de La Paz pour garantir et rétablir l’ordre du pays, la paix sociale et le respect de la démocratie », a ainsi déclaré la COB le mardi 12 novembre.

Depuis deux jours, des dizaines de milliers de manifestants indigènes boliviens poursuivent par ailleurs la mobilisation à La Paz pour résister au coup d’Etat et rejeter la “présidente” autoproclamée.

Le coup d’État veut mettre fin à la période de redistribution des richesses et d’intégration des peuples indigènes, dans un pays longtemps dirigé d’une main de fer par une ultra-minorité suprémaciste et fasciste. Pour rappel, en 2019, la population amérindienne représente entre 62 % et 69% des 11,3 millions de Boliviens.

Enfin, d’un point de vue parlementaire, le Mouvement pour le socialisme (MAS), a réussi jeudi 14 novembre à reconstituer la direction des deux chambres du Parlement. La sénatrice Eva Copa a été élue présidente du Sénat lors d’une séance qui a atteint le quorum légal. Une manière supplémentaire de contester la légitimité de la présidente « autoproclamée » en dehors de toute légalité.

Ajoutons également que les parlementaires du MAS ont décrété une « grève » des Chambres le vendredi 15 novembre. Objectif vraisemblable : rendre le pays totalement ingouvernable pour les putschistes.

Et maintenant ?

Personne ne peut prédire avec exactitude la suite des évènements. L’actuelle dualité des pouvoirs ne joue pas nécessairement en la faveur des putschistes.

Du côté golpiste, ordre a été donné à l’armée de se déployer dans tout le pays. De l’autre côté de la barricade, la COB a mis en exécution sa menace de grève générale illimitée tandis que des dizaines de milliers de manifestants indigènes boliviens poursuivent la mobilisation à La Paz pour résister au coup d’Etat et rejeter la présidente autoproclamée Jeanine Añez.

Le risque de guerre civile est bien présent en Bolivie. Car, si les indigènes et la classe ouvrière font bloc contre le nouveau pouvoir, les 14 années du MAS au pouvoir ont permis à de nombreux amérindiens d’accéder à des postes dans la police, l’armée, la justice, les institutions étatiques.

En réalité, si Jeanine Añez tente de créer l’illusion d’une paix sociale et promet de ne pas toucher à des symboles, comme le drapeau indigène, beaucoup de choses dépendront également des excès des miliciens fascistes et du degré de revanchisme après 14 années de pouvoir socialiste et redistributif envers les populations indigènes.

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