Le 25 février dernier, au cours d’une journée de mobilisation pour la défense de l’industrie, à l’appel de la CGT, plusieurs centaines d’ouvriers de la métallurgie mais aussi des industries chimiques, électriques, gazières… se sont mobilisés devant le Sénat, à Paris, pour exiger la nationalisation du groupe ArcelorMittal. Les manifestants, venus de nombreux bassins industriels (Dunkerque, Fos-sur-Mer, Florange…) ont dénoncé la casse sociale en cours : suppressions d’emplois massives, fermetures ou menace de liquidation de sites industriels.
La CGT alerte depuis deux ans sur la grande vague de désindustrialisation, organisée de A à Z par le patronat. Ce dernier continue pourtant d’absorber chaque année plus du tiers du budget de l’Etat – des milliards qui lui servent à engraisser ses actionnaires, payer les plans de fermetures d’usines et de licenciements et suppressions de postes.
Fin 2025, près de 500 plans sociaux ont été recensés, soit entre 200 000 et 300 000 emplois menacés ou supprimés, dont près de la moitié dans l’industrie. Pour répondre aux besoins sociaux immenses des salariés et de la population dans son ensemble, et face à la financiarisation, au dumping social et fiscal, et à la complicité de l’État dans le massacre de l’emploi et de l’industrie, les organisations de la CGT, notamment la FNIC CGT, mettent en avant la nécessité de la nationalisation sous contrôle ouvrier et de la socialisation des infrastructures et secteurs industriels.
En effet, tous les secteurs industriels sont interdépendants. Une complémentarité illustrée par le secteur automobile : pour faire une voiture il faut de l’acier, mais aussi du plastique ou du caoutchouc, sans parler du carburant ou de l’électricité. Tout est lié : la liquidation des industries métallurgiques va de pair avec la destruction des capacités industrielles dans la chimie, la plasturgie, le caoutchouc…
Bien entendu, le lien entre industries et services publics est évident : quand une entreprise liquide l’activité, c’est le bassin industriel et les emplois qui se retrouvent menacés avec le risque d’exode de populations privés d’emploi et de conditions dignes d’existence et chassés par la soif de profit du capital : au bout du bout, et notamment dans les « territoires », ce sont les services publics, déjà étranglés par une austérité permanente, qui ferment : école, poste, services administratifs…
Parallèlement au rassemblement devant le Sénat, d’autres organisations de la CGT se sont mobilisés le 25 février : le CNTPEP CGT appelait à rejoindre le rassemblement après une action matinale devant l’UNEDIC contre les attaques sur l’Assurance-chômage.
Le CNTPEP CGT y a dénoncé « un accord injuste [sur l’assurance-chômage], imposé pour répondre aux exigences d’austérité du gouvernement, et a rappelé que la CGT reste déterminée à défendre une assurance chômage solidaire et protectrice. » la CGT a dénoncé une remise en cause unilatérale des droits et rejeté les propositions patronales visant une dégressivité des allocations, une hausse du seuil d’accès pour les intermittents du spectacle ou une limitation drastique des durées d’indemnisation.
Malgré la résistance de la CGT, le projet d’avenant final – signé par le patronat, la CFDT et la CFTC – a réduit fortement la durée maximale d’indemnisation : 15 mois (au lieu de 18) pour les moins de 55 ans, et 20,5 mois pour les 55 ans et plus (au lieu de 27 mois). En rognant ainsi, centime par centime, le gouvernement et ses complices patronaux estiment réaliser une « économie » de 700 à 940 millions d’euros sur le dos des chômeurs : une goutte d’eau au regard des centaines de milliards d’euros donnés, sans contreparties, par l’Etat au patronat.
Tout est lié : les attaques permanentes contre les droits des chômeurs, la guerre menée à la protection sociale et au Code du travail ont pour objectif d’organiser la précarité. Les choix du Capital sont évidents : niveler par le bas l’ensemble des droits sociaux, disposer d’une armée de réserve pour peser sur les salaires, refréner la combativité et poursuivre « quoi qu’il en coûte » une politique exclusivement au service de la captation du profit – au travers de la liquidation des outils industriels, compensée par une hausse vertigineuse des importations -et d’une prédation organisée.
Face à la casse de l’industrie, au saccage de l’emploi, au pillage des comptes publics, à la guerre menée aux privés d’emplois et précaires : la seule réponse c’est la lutte.
Un constat s’impose : le rouleau-compresseur du Capital ne peut être arrêté à moins de le paralyser. Pour ce faire, il n’y a malheureusement rien à attendre des institutions. Sans rapport de force concret – par la grève notamment – et sans perspective d’arracher la production industrielle aux griffes du privé, la délégation de pouvoir à des parlementaires demeure au mieux symbolique, au pire démobilisatrice et démoralisante.
Surtout, ces initiatives institutionnelles distillent une illusion sur le caractère de l’Etat. Ce dernier, comme la police, la justice et la Loi « républicaine » est au service du Capital. L’expérience acquise par le mouvement ouvrier depuis plus de 250 ans démontre que seule la lutte de classes permet d’arracher – puis de conserver – des conquêtes sociales, du maintien de l’usine et de l’emploi à la socialisation/nationalisation de groupes ou de branches économiques.

