Vrais et faux amis de la classe ouvrière au Venezuela

Le 3 janvier dernier, il y a moins de trois semaines, les Etats-Unis ont mené une agression impérialiste caractérisée contre un Etat souverain. Le président Maduro et sa femme ont été kidnappés et le pays subi depuis une véritable opération de chantage et de prédation de la part des Etats-Unis.

Il est encore difficile de faire la part entre ce qui revêt de la guerre psychologique et la réalité concrète. Par exemple, les buts de guerre de Trump sont encore relativement flous. Certains disent que ce que souhaitent réellement les Américains ce n’est pas tant d’exploiter « ici et maintenant » le pétrole vénézuélien mais bien de chasser les Chinois du Venezuela et de s’assurer d’une main mise américaine sur les plus grandes réserves de pétrole du monde, « pour plus tard ». On peut aussi penser que Washington sécurise également son accès privilégié aux immenses réserves d’hydrocarbures découverts récemment au Guyana.

On voit cette logique de prédation à l’œuvre ailleurs aussi en Amérique latine avec le retour de la « doctrine Monroe » c’est-à-dire le fait que les étasuniens considèrent le continent américain comme leur pré carré, c’est-à-dire leur zone d’influence exclusive, avec la complicité tacite ou explicite de plusieurs gouvernements d’extrême-droite (Argentine, Chili, Salvador).

Cette opération doit donc être comprise également sous l’angle de deux éléments importants : la politique intérieure américaine : Trump et son Administration sont en difficultés, notamment face aux sursauts citoyens aux Etats-Unis avec une opposition de plus en plus massive et de plus en plus structurée contre les déportations de masses d’immigrés et contre la police anti immigration. Le second élément qui explique l’attaque américaine c’est l’affrontement avec la puissance chinoise, de plus en plus présente en Amérique latine.

Par exemple, la Chine a développé de liens économiques très forts avec certains Etats latino-américains, dont le Panama – le canal du Panama, d’une importance stratégique majeure, permet de connecter l’Atlantique et le Pacifique (et donc les flux de marchandises) – le Pérou avec l’acquisition et la construction d’infrastructures portuaires gigantesques, mais aussi le Brésil, et bien entendu le Venezuela.

Face à cette agression impérialiste du Venezuela, nous avons vu les dirigeants européens, au mieux gênés, au pire voler en soutien de l’agression impérialiste, comme l’a fait Emmanuel Macron, son Premier ministre et l’ensemble de son gouvernement.

Au niveau international, l’agression a été condamnée tant par la Fédération Syndicale Mondiale que par la Confédération Syndicale Internationale, cette dernière a produit un communiqué peu politique et qui se limite au seul droit international.

De son côté, la Fédération Syndicale Mondiale a dans une déclaration « condamné sans équivoque l’intervention impérialiste au Venezuela visant le contrôle des richesses minières et énergétiques du pays dans le cadre de l’antagonisme inter-impérialiste pour la domination. ». La FSM a également impulsé, « concrètement », une journée internationale d’action en solidarité avec le Venezuela le 22 janvier dernier avec des rassemblements de syndicalistes à travers le monde, dont plusieurs en Europe, et notamment à Paris.

Si la réaction de nos syndicats CGT, en solidarité avec le peuple vénézuélien a été exemplaire, – au travers notamment des condamnations de l’agression et de la participation aux initiatives de soutien, nous avons aussi vu les organisations syndicales confédérales, dans un communiqué intersyndical, mettre sur le même plan le gouvernement de Nicolas Maduro et l’impérialisme américain, l’agressé comme l’agresseur, tout en dénonçant l’intervention américaine.

La situation au Venezuela est complexe. Nous savons par exemple que les forces plus à gauche que le PSUV au pouvoir, comme le PCV ou la CUTV, affiliée à la FSM, émettre depuis des années des critiques légitimes sur la gestion politique et économique face à l’étranglement du pays par des sanctions illégitimes.

La FSM a 2 affiliés au Venezuela :

la CBST (Centrale Bolivarienne Socialiste des Travailleurs du Venezuela) : syndicat de masse, proche du PSUV (parti socialiste unifié du Venezuela, au pouvoir) créé par Chavez. A noter que Marco Tullio Diaz, son secrétaire général adjoint est vice-Président de la FSM.

La CUTV (Centrale Unitaire des Travailleurs du Venezuela) proche du PCV (Parti Communiste du Venezuela) qui n’est plus allié au PSUV depuis 2020. Cette centrale est donc logiquement assez critique du chavisme et de Maduro, critique les limites du processus bolivarien, exige un contrôle ouvrier accru sur les entreprises, et l’instauration du Socialisme. La FSM est donc implantée dans toutes les nuances du mouvement ouvrier progressiste au Venezuela. A noter que, même si la CTUV est très critique envers Maduro, y compris sur le volet de la mise à l’écart, voire de la répression contre les communistes : ils font blocs tous ensemble contre l’agression US et la défense de la souveraineté de la République Bolivarienne du Venezuela. A noter aussi qu’ils appellent les ouvriers à s’armer pour se défendre contre l’agression impérialiste.

Le Syndicat Vénézuélien affilié à la CSI est la CTV (Centrale des Travailleurs du Venezuela), historiquement lié au vieux parti social-démocrate « Alliance démocratique », qui a toujours été anti-chaviste et s’est allié avec la droite et même des groupes d’extrême droite pour le faire chuter.

En novembre 2001, la CTV a même intégré la « junte d’urgence nationale » composée de l’organisation patronale Fedecamaras, de la chambre de commerce, des partis Action démocratique (sociaux-démocrates) Copei, Primero Justicia et Projet Venezuela (droite et extreme droite), appelant à renverser « les tyrans qui nous gouvernent. » Elle est impliquée dans le coup d’État de 2002 au Venezuela contre Chavez.

Depuis 2002, la Confédération a reçu des subventions de la sinistre NED (National Endowment for Democracy), organisation internationale fondée par Reagan, qui finance des coups d’Etat anti-communiste à travers le monde et tout particulièrement en Amérique Latine.

Alors oui, la CSI a peut-être condamné l’intervention militaire des US au Venezuela, sous l’argument du respect du droit international (alors qu’elle n’avait jamais condamné les blocus de Cuba et du Venezuela), mais son affilié au Venezuela est une organisation soutenant l’extrême droite et le patronat contre le gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela, mais aussi les interventions des USA contre la souveraineté du Venezuela, car elle ne les a jamais condamnée, comme elle n’avait jamais condamné le blocus !

A noter aussi que la CTV, bien qu’ayant participé à une junte militaire visant à faire chuter le gouvernement légitime, bien qu’ayant des financements étrangers issus d’une puissance ennemie, bien qu’ayant soutenu le faux président Gaïdo qui appelait les militaires à sortir des casernes pour faire chuter Maduro, bien qu’ayant soutenu le blocus de son propre pays par une puissance ennemie : n’a jamais été interdite par le gouvernement de pouvoir populaire de la République Bolivarienne du Vénézuela.

En vérité, au-delà de la question de Maduro et du gouvernement vénézuélien, ce qui doit aussi nous concerner, en tant que travailleur français, c’est l’écrasement des droits des peuples par l’arme économique des sanctions.

Cuba, qui est la prochaine cible des Etasuniens, comme le Venezuela, mais aussi comme d’autres pays, à l’instar de l’Iran, subissent des sanctions qui loin de toucher les « élites », s’attaquent en premier lieu aux conditions de vie des populations, en provoquant pénuries, coupures, difficultés économiques, crises spéculatives, chaos..

Comment agir en solidarité, en tant que travailleur ou travailleuse depuis la France ?

En ce qui concerne la solidarité avec les peuples et les travailleurs du monde, l’internationalisme n’est pas une morale abstraite. Pour nous, syndicalistes de classe, et au-delà des communiqués et rassemblement de soutien, il consiste avant tout à combattre l’impérialisme de notre propre pays, de ses alliés, de ses alliances.

Car c’est concrètement comme cela que nous pouvons aider les peuples. Les sanctions, les pressions extérieures, l’encerclement militaire et les menaces de destruction font délibérément souffrir les peuples – et non les classes dominantes locales et leurs appareils militaro sécuritaires – et préparent de nouvelles guerres et escalades militaires.

La guerre à la guerre passe donc aussi, en France, au cœur de la métropole impérialiste occidentale, par les actions contre les sanctions illégitimes qui privent les peuples du droit à maitriser leurs propres destinées. L’émancipation des peuples ne viendra que des peuples eux-mêmes !