Posté le 20 mars 2020 Par Dans En avant, Luttes Avec 4239 Vues

La Poste attaque le droit de retrait et fait appel à la police, entretien avec un syndicaliste CGT

Ce matin, la direction de la Poste a fait appel à la police à Croissy-sur-Seine, dans les Yvelines, pour expulser deux syndicalistes CGT qui expliquaient aux salariés la procédure à suivre pour faire valoir leur droit de retrait.

Disons-le clairement, cette situation, gravissime, n’est certainement pas isolée et met en lumière les difficultés pour les salariés d’exercer leurs droits dans ce contexte de pandémie, de crise économique et de restrictions plus que sévères de nos droits, conquis et libertés. En réalité, au nom de l’état d’urgence sanitaire, les travailleurs et les organisations syndicales combatives sont confrontés à un véritable tour de vis social, à une offensive de classe de la part des directions de services et des employeurs.

Entretien avec Vincent Fournier, syndicaliste CGT à La Poste dans les Yvelines 

Nous avons pu joindre cette après-midi un des deux syndicalistes expulsés par la police.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Vincent Fournier et je suis représentant départemental CGT à la Poste dans les Yvelines. Secrétaire du CHSCT de Versailles, titulaire de la commission consultative paritaire et au comité technique de la Direction Opérationnelle des Yvelines.

Quelle est la situation à La Poste depuis les annonces de Macron visant à restreindre les libertés de déplacement au nom de la lutte contre la pandémie ?

Au Réseau, les deux tiers des bureaux ont été fermés par la direction au niveau national. Il est seulement possible de retirer de l’argent ou des lettres recommandées dans ceux qui restent ouverts. Dans la branche courrier les agents que ça soit dans les PIC (plateformes industrielles du courrier) ou les PDC (plateformes de distribution du courrier) beaucoup d’agents vont travailler dans la peur d’une contamination ou de contaminer les usagers ou leurs collègues.

La Poste ne respecte pas les mesures barrières (se tenir à toujours plus d’un mètre) et ne fournit que très peu de masques ou gants. Résultat, quand on mesure la proportion entre la population française et les postiers, le nombre de postiers infectés par le Covid-19 est 5 fois supérieur à celui de l’ensemble de la population française. Un postier est décédé hier à Rennes. Dans les Yvelines au minimum 2 cas avérés ont été reconnus par la direction : un facteur de Versailles et un chauffeur poids lourd de la PIC de Bois d’Arcy.

Malgré cela, La Poste ne prend aucune mesure sérieuse et maintient ces sites ouverts ! Y compris au public! Elle a simplement renvoyé chez eux une équipe de 6 ou 7 facteurs faisant partie de l’équipe du facteur contaminé comme si ce dernier était téléporté par magie dans la travée où il travaille le matin et n’entre en contact avec personne d’autre dans la journée. C’est lamentable et totalement irresponsable.

Heureusement des réactions voient le jour, essentiellement par le biais du droit de retrait. On peut estimer à environ 120 le nombre de collègues qui ont déjà exercé leur droit de retrait dans les Yvelines, certainement autour de 2 000 au niveau national. Par exemple, depuis lundi, il y a 400 facteurs en droit de retrait dans les Hauts de Seine.

Les syndicats combatifs continuent à se déplacer sur les lieux de travail pour expliquer et inciter les collègues à faire valoir leur droit de retrait. Nous considérons qu’il n’y a aucune raison au vu des mesures préconisées par les autorités de santé qu’on nous interdise de rencontrer nos familles et nos amis mais qu’on nous pousse à aller rencontrer notre patron tous les jours dans une activité qui n’est pas essentielle pour la survie de la nation.

Que s’est t-il passé ce matin (vendredi 20 mars) à Croissy-sur-Seine où tu es intervenu ?

La Direction de la Poste s’est lancée dans une véritable lutte contre le droit de retrait en multipliant les menaces et les mensonges. Elle affirme régulièrement que le droit de retrait n’est pas valable alors que seul un juge dans un tribunal peut rendre une telle décision. La Poste explique régulièrement, par tous les moyens, y compris par des appels téléphoniques au domicile des agents, qu’ils ne seront pas payés ou qu’ils seront considérés en absence irrégulière s’ils exercent leur droit de retrait. Ce qui est complètement illégal.

Ce matin à Croissy sur Seine alors que nous expliquions aux collègues la possibilité et la procédure pour exercer le droit de retrait, la direction a appelé la Police. Trois policiers sont alors intervenus en contrôlant mon identité et celle d’un autre camarade de la CGT présent avec moi. Ils ont aussi demandé l’autorisation de sortie que la Poste délivre aux facteurs mais refuse de délivrer aux syndicalistes osant affirmer y compris par écrit que les syndicalistes doivent restés confinés chez eux pour ne pas répandre le virus ! Les policiers présents ont affirmé que nous allions recevoir une amende de 135€ et mont repoussé physiquement jusqu’au portail de l’établissement.  J’ai par ailleurs été violemment agressé par un autre directeur d’établissement pendant une prise de parole il y a 2 jours qui a affirmé aux agents que “j’avais le virus” et que “j’étais le virus”.

Quelles conclusions en tires-tu ?

Le patronat collabore avec la police afin de restreindre encore les droits des travailleurs en exploitant le coronavirus et en envisage de graves attaques contre les postiers en remettant en cause la notion de titulaire de tournée du facteur ou en promettant des suppressions d’emploi massives après la sortie de crise sous prétexte de chute du trafic courrier. Plus globalement le patronat et ses représentants au gouvernement commencent à évoquer la suppression de la 5ème semaine de congés payés ou la remise en cause des 35 heures.

La Poste qui m’a reconvoqué en conseil de discipline le 30 mars à Guyancourt dans les Yvelines n’envisage pas de report pour le moment en pleine période de confinement afin de poursuivre sa politique répressive. Elle ne remet pas en cause non plus la sanction de 3 mois de mise à pied prévue à l’origine.

Lire aussi : « Nous n’avons rien, pas de masque, pas de gel, rien du tout » : entretien avec le responsable CGT Commerce et services

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