Posté le 10 mars 2020 Par Dans Perspectives Avec 755 Vues

#LallementDémission : pour en finir avec le nouveau « Gallifet »

Responsable direct, avec Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Christophe Castaner, des violences contre les manifestants, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, qui se compare volontiers à Gallifet le massacreur de la Commune, doit démissionner.

« Il n’y a pas de problème Lallement », expliquait récemment Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur. A l’instar de déclarations de ministres affirmant, peu avant de démissionner, que leurs démissions ne sont évidemment pas à l’ordre du jour, cela veut bien dire qu’il y a un problème. Et dans le cas du patron de la Préfecture de police de Paris, un très gros problème.

Pourquoi ? Parce que la contestation – que l’on doit aussi percevoir comme une manière pour les hiérarchies de se couvrir – s’exprime désormais ouvertement, non seulement du côté des manifestants mais également d’une partie des forces de l’ordre elles-mêmes. Sur les réseaux sociaux, un hashtag LallementDemission a été lancé pour dénoncer les méthodes et l’impunité du préfet de police de Paris.

Fronde dans la gendarmerie : la légalité de la doctrine du maintien de l’ordre mise en cause

Une enquête menée et publiée il y a quelques jours sur le site de Médiapart révèle que « le préfet se dispense de respecter la législation ainsi que les consignes de son propre ministère. De facto, il met en danger les manifestants et place hors la loi les forces de l’ordre. » Le journal s’appuie sur des documents de la Gendarmerie nationale qui ont fuité.

A la lecture de ces documents intitulés « l’emploi de la Gendarmerie mobile au maintien de l’ordre au profit de la préfecture de police », et datés de septembre 2019, on apprend que de hauts responsables de la gendarmerie en charge du maintien de l’ordre ont estimé que les pratiques du préfet Lallement, invitant ses troupes à « impacter » les manifestants, étaient « légalement douteuses et aux conséquences politiques potentiellement néfastes ». La conclusion des hauts responsables est on ne peut plus claire : ces mesures sont « contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation en vigueur ». 

Selon les mêmes documents, les ordres « d’impacter » les manifestants, bien que non réglementaires, ont été mis en œuvre lors des manifestations. « À plusieurs reprises, la PP [préfecture de police] a ordonné des manœuvres d’encagement [synonyme de nasse], consistant à fixer l’adversaire. Ceci contrevient aux dispositions légales et réglementaires. », poursuit le document, cité par Médiapart.

Alors que les documents de la gendarmerie nationale rappellent « [qu’]il convient dans toute opération de maintien de l’ordre de laisser une échappatoire à l’adversaire. », la réalité sur le terrain est tout autre. Les manifestants sont régulièrement parqués, nassés « encagés » dans des zones sans issue et se font gazer, voire viser par des tirs de LBD, parfois à bout portant.

Les conclusions de la gendarmerie elle-même en disent long sur la stratégie du maintien de l’ordre, « de nature à exaspérer la population et à nourrir un sentiment de défiance vis-à-vis du pouvoir et des forces de l’ordre [et] susceptible de générer des mouvements de foule, potentiellement dangereux ».

Didier Lallement, un « psychopathe » à la tête des 42 000 agents de la Préfecture de police de Paris

Nommé Préfet de police de Paris avec le soutien de l’Élysée, le 20 mars 2019, il y a presque un an, Didier Lallement, auparavant préfet de Nouvelle-Aquitaine, s’était d’abord fait connaître à Bordeaux pour sa gestion brutale des mobilisations gilets jaunes.

Rappelons au passage que c’est le saccage du célèbre restaurant des riches le « Fouquet’s » et de plusieurs magasins des Champs-Élysées lors de l’acte XVIII des « gilets jaunes », le 16 mars 2019, qui avait provoqué la disgrâce et le remplacement du préfet de police Michel Delpuech, déjà fragilisé par l’affaire Benalla.

Si le portrait publié par le quotidien Le Monde permet de mieux cerner Didier Lallement, le personnage a de quoi inquiéter. Interrogé par Le Monde, l’historien de la Préfecture de police, Olivier Renaudie expliquait par exemple : « Cette crise [des Gilets jaunes], il la vit comme une sorte d’opportunité. [Didier Lallement] se veut le rempart contre le désordre et un climat insurrectionnel, comme sous la IIIe République ».

Des propos que ne renierait pas le principal intéressé, lui qui n’a pas hésité à expliquer que « Pour se prendre pour Jules Vallès, il faut avoir son Galliffet », ce général de brigade surnommé le « Massacreur de la Commune ».

Que Didier Lallement, patron de la Préfecture de police en 2020, puisse se comparer au général Gallifet, héros de la bourgeoisie du XIXe siècle et criminel de guerre responsable de la mort de près de 100 000 ouvriers insurgés de la Commune de 1871, sans oublier les milliers de condamnés à mort ou au bagne, en dit long sur l’état d’esprit qui règne actuellement au sein des élites françaises. Rappelons au passage que ce général Gallifet poursuivra sa carrière politique au sein de la IIIe République. Nommé gouverneur de Paris, il sera même ministre de la guerre à partir de 1899 sous le gouvernement dit « de gauche » de Pierre Waldeck Rousseau.

Toutefois, pour détestable qu’il soit, le préfet Lallement n’est pas le « seul » problème. Si Didier Lallement doit démissionner, c’est bien toute la stratégie de maintien de l’ordre qui doit être publiquement interrogée, dénoncée et abrogée.  N’oublions pas que la nouvelle doctrine de maintien de l’ordre a été définie par le ministre de l’intérieur lui-même lors de la nomination de Didier Lallement : « Une stratégie de mobilité, de réactivité, de contact, d’interpellations » tout « en assumant. En assumant, oui, les risques que cela comporte ».

Une police (et la justice) en roue libre

La polémique autour des méthodes plus que musclées du préfet de police de Paris a rebondi le week-end dernier en raison des images choquantes des affrontements asymétriques entre militantes féministes désarmées et forces de l’ordre surarmées.

Ces scènes qui ont fait le tour de la toile ont rappelé les images des manifestations précédentes, et en particulier de la mobilisation des Gilets jaunes violemment réprimée par le pouvoir.

Car, s’il y n’a eu aucune blessée grave lors de la marche féministe du 7 mars, comment oublier les dizaines (hommes et femmes confondus) de Gilets jaunes éborgnées, mutilés à vie, ceux et celles qui ont été tabassés dans la rue, ceux et celles entassés en prison ?  Contrairement aux manifestantes matraquées le 7 mars, les Gilets jaunes (ou les syndicalistes CGT) n’ont jamais bénéficié d’un « soutien » public d’Anne Hidalgo, Maire PS de Paris et candidate à sa propre réélection, de l’auto-proclamée « féministe » Caroline de Haas ou de Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

Depuis le 17 novembre 2018, près de 2 500 manifestants et 1 800 membres des forces de l’ordre ont été blessés, selon le ministère de l’Intérieur. Des chiffre qui sous-estiment sans doute largement le nombre de blessés côté manifestants. Entre novembre 2018 et mars 2019, 12 908 tirs de LBD ont été comptabilisés, soit trois fois plus que pour la seule année 2014. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de 313 enquêtes judiciaires pour des violences policières présumées lors des manifestations.

Côté judiciaire, la riposte est elle aussi musclée : plus de 10 000 gardes à vue et près de 3 200 condamnations prononcées entre novembre 2018 et juin 2019. Au total, 400 gilets jaunes ont été condamnés à de la prison ferme avec incarcération immédiate.

Cette violence de classe est bien multiforme : atmosphère très lourde régnant dans les manifestations, reconnaissance faciale, interdiction de filmer les violences policières, utilisation du bras armée de la justice, emploi de mesures anti-terroristes pour cibler certains manifestants, l’état d’urgence inscrit dans la Constitution, etc…  Tout cela rappelle les « démocratures » à la sauce russe, brésilienne ou turque, où l’opposition est confrontée systématiquement à un cadre sécuritaire extrêmement dur.

En tout état de cause, la démission de Lallement s’impose. Mais, il convient de garder à l’esprit que cela ne réglera pas la question de l’impunité des forces de l’ordre, ni celle de la violence de classe vécue parfois physiquement par tant de manifestants ou même par de simples citoyens.

Lire aussi : Retraites et régression sociale : comment inverser le rapport de force ?

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