Posté le 17 avril 2020 Par Dans En avant, Luttes, Perspectives Avec 526 Vues

Patronat et Confédération européenne des Syndicats main dans la main pour rallumer les étoiles de l’UE

« Nous appelons à une alliance européenne de décideurs politiques, de chefs d’entreprise et de dirigeants financiers, de syndicats, d’ONG, de groupes de réflexion et de parties prenantes afin de soutenir et de concrétiser […] la relance verte », a déclaré Laurent Berger, patron de la CFDT et président de la Confédération européenne des Syndicats le 14 avril, dans une tribune également co-signée par 180 patrons, députés, dirigeants syndicaux et lobbyistes.

Déjà fortement entamée ces dernières années, la crédibilité d’un projet européen « humaniste » a portant définitivement volé en éclat et laissé apparaitre l’UE pour ce qu’elle est réellement : une alliance capitaliste qui a besoin de se parer (ou d’imposer) une « identité » et des valeurs prétendument communes pour mieux justifier des politiques économiques au service exclusif du capital.

Ne nous trompons pas, c’est bien ce retour à la réalité qui motive le discours collaborationniste de la tribune : « Nous nous engageons à travailler ensemble, à partager nos connaissances, à échanger notre expertise et à créer des synergies pour mettre en place les décisions d’investissement dont nous avons besoin », affirment ainsi les signataires de la tribune.

Collaborationnisme, quand tu nous tiens…

Publié dans différents pays par plusieurs quotidiens nationaux, le texte co-signé par des patrons voyous, des députés européens de tous bords et des leaders « syndicalistes » est une nouvelle illustration criante du collaborationnisme de classe.

Parmi les signataires, on retrouve ainsi pêle-mêle 79 eurodéputés des groupes du Parlement européen (écologistes, sociaux-démocrates, conservateurs, libéraux…), 37 patrons, dont Jean-Paul Agon, PDG du Groupe L’Oréal, Torbjörn Lööf, PDG d’Inter IKEA Group, ou encore Tim Brett, président de l’Unité Europe de l’Ouest de Coca-Cola.

Sont également signataires du texte plusieurs dirigeants de la Confédération Européenne des Syndicats (CES), ainsi que les ministres de 11 pays, dont Elisabeth Borne, ministre française de la Transition écologique. Sept ONG et six think tanks (pour ne pas dire lobbys) ont également ratifié la tribune de leurs signatures.

Rappelons au passage que la CES est reconnue par l’Union européenne, par le Conseil de l’Europe et par l’Association européenne de libre-échange (AELE) en tant qu’unique organisation syndicale interprofessionnelle représentative au niveau européen.

Greenwashing et « New deal » européen : ce qui se cache derrière la tribune

Ce n’est pas une surprise que de constater que le plaidoyer, long et insipide, ne revient pas sur les plusieurs décennies de libéralisation-privatisation de secteurs industriels et de services publics, ou sur la casse de la souveraineté économique et politique de chaque Etat-membre, ou encore sur les récentes années de politiques austéritaires et de souffrances populaires.

Si la tribune s’escrime ainsi à rallumer les étoiles européennes, la ficelle est en effet un peu grosse. « La volonté politique est là. La stratégie aussi. » affirment ainsi, sans rire, les signataires, tout en ajoutant : « Des projets de transition vers la neutralité climatique comme le Green Deal européen ont le potentiel pour reconstruire notre économie sur la base d’un nouveau modèle de prospérité ».

« La guérison économique nécessitera des investissements massifs pour protéger des emplois et en créer de nouveaux, soutenir les entreprises, les régions et les secteurs qui souffrent de l’arrêt forcé et soudain de l’activité. », précise encore la déclaration, soulignant : « Ces investissements doivent permettre l’émergence d’un modèle économique plus résilient, plus protecteur, plus souverain. »

On peut sourire devant le mot « souverain » employé par les rédacteurs de la tribune pour ne surtout pas dire « souveraineté ». Mais les faits sont là : les signataires plaident pour des investissements massifs d’argent public pour renflouer des caisses – pas si vides d’ailleurs – d’entreprises en recherche permanente de profits. En clair, ce sont aux Etats, et à travers eux, les peuples et les travailleurs, de payer.

Une fois encore, ce ne sont pas les besoins fondamentaux des peuples qui conditionnent et déterminent ainsi le choix d’investir dans des infrastructures (hospitalières, industrielles, etc), mais bien la voracité des patrons.

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Derrière les mots « souverain » ou « résilience » se cache ainsi une manipulation dangereuse. L’objectif, non-assumé, de ce texte est de faire croire qu’il serait dans l’intérêt général de mettre encore et encore la main à la poche. Las, il ne suffit pas d’enrober ces injonctions à l’unité européenne de mots à la mode pour convaincre les peuples de payer la facture de la crise économique.

La « solidarité européenne » contre les peuples, d’Europe et d’ailleurs

Une autre manipulation, tout aussi cachée et dangereuse, doit également être relevée. Si beaucoup parlent du « jour d’après », qu’en sera-t-il des relations inter-étatiques dans des conditions d’aggravation brutale des contradictions impérialistes ?

Ce sont ces considérations géopolitiques qui se cachent derrière ce texte. Il faut à tout prix défendre « l’Idée » européenne pour passer par pertes et profits l’abandon des peuples face à des problématiques pourtant communes. L’objectif ? Ressouder un partenariat économique européen pour faire face aux puissances économiques rivales.

Pour ne prendre que l’exemple italien, comment prétendre qu’il y a une « volonté » et une « stratégie » européenne quand ce pays a été littéralement lâché en rase campagne par l’UE au point de devoir se tourner vers la Chine, la Russie ou Cuba ?

Après l’humiliation du peuple grec, la crise des réfugiés, le Brexit, cette pandémie (et les vols de masques entre Etats-membres révélés pas la presse) est sans doute la crise de trop. Le bon soldat Berger n’y pourra rien, l’idée européenne est morte et enterrée. Et c’est une excellente nouvelle.

Les cégétistes doivent tirer les conclusions qui s’imposent et mettre en débat le départ de la CGT hors de la CES

La CGT a décidé d’adhérer à la CES en 1995. A l’époque, le mandat était clair : « la tirer à gauche », « y faire entendre et progresser la voie du syndicalisme de classe au niveau européen ».

35 ans plus tard, il est important d’en tirer un bilan et d’en débattre dans l’organisation, de se poser la question « QUI tire QUI et vers OÙ ?

Après toutes ces années, après avoir co-rédigé le TCE (rejeté en France lors du référendum de 2005) avoir soutenu les traités de libre-échange de l’UE avec les Etats-Unis (Tafta), soutenu les mémorandums d’austérité en Grèce, accompagné les politiques réactionnaires comme la loi Travail , sans jamais soutenir les luttes en France, il paraît incroyable qu’il puisse y avoir encore des cégétistes pétris des orientations de classe qui puissent encore défendre l’adhésion à la CES de Laurent Berger.

De plus en plus d’organisations de la CGT s’emparent du débat et montent le ton à ce sujet : un bilan doit être tiré et notre confédération CGT ne plus demeurer dans une confédération européenne qui prône activement la collaboration de classe institutionnalisée au niveau d’une Union Européenne au service exclusifs des intérêts du Capital contre les intérêts du camp du travail.

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