DÉTRUIRE OU CONQUÉRIR LES MACHINES ?

Dans un entretien accordé au journal La Marseillaise, Olivier Mateu, secrétaire général de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, a réagi à l’attaque par une centaine d’activistes d’un site industriel du groupe Lafarge à Marseille le 11 décembre.

« Ce n’est pas acceptable de s’en prendre à l’outil de travail. […] Tout peut être discuté, mais casser les machines n’est pas une solution. Les premiers, voire les seuls que ces actions mettent en difficulté, sont les salariés de l’usine », a ainsi relevé Olivier Mateu. Selon le secrétaire général de l’UD CGT 13, « Ces actes ne déstabilisent pas vraiment ces grands groupes et leurs actionnaires, détenteurs des outils de production et uniquement tournés vers la logique de rentabilité. »

Dans le cas de l’usine Lafarge ciblé par les activistes, on peut ainsi estimer qu’il y a un problème de fond dans le saccage d’une infrastructure industrielle, quel que soit le nom d’entreprise apposé sur les machines.

Bien évidemment, notre média et collectif UnitéCGT s’inspire des écrits d’Emile Pouget, secrétaire confédéral CGT de la fin du 20e siècle, sur l’Action directe. Cependant, et à contrario de ce que pouvait écrire ce défenseur du « sabotage » utile, dans le cas de l’attaque sur les machines Lafarge, ce ne sont certainement pas des travailleurs de l’usine qui ont vandalisé leurs propres outils de production. Cela pose question, à la fois sur la légitimité de ces actions, mais aussi sur leur efficacité.

« Ce n’est absolument pas la bonne approche […] Le groupe Lafarge ne vacille pas. Ce sont ceux qui ont besoin de travailler qui trinquent. », ajoute par exemple Olivier Mateu qui assume la nécessaire et logique convergence et articulation entre luttes sociales et combat environnemental, d’autant plus que « les travailleurs sont les premières victimes de la pollution ».

« Si des industries stratégiques sortent de la logique du marché, il sera possible d’assurer l’indépendance du pays et d’assurer les besoins de toutes les franges du pays. », tant sociales que politiques qu’environnementales, explique-t-il ainsi, à rebours d’ailleurs de la position officielle de la direction confédérale de la CGT et de son collectif Plus jamais ça qui prône, dans les faits, l’accompagnement des politiques de casse industrielle en cours dans le pays.

En effet, pour le secrétaire général de l’UD CGT 13, « l’essentiel de ce qui [est présenté par le gouvernement et les entreprises], comme transition s’est traduit par la fermeture de sites et par la perte d’emploi. Rien ne pourra changer si les outils de production ne deviennent pas une propriété commune de la nation, ou des travailleurs directement. »

« Il n’y a pas d’industries socialement et écologiquement vertueuses sans planification », rappelle encore Olivier Mateu qui pointe clairement du doigt non pas la machine, mais bien le propriétaire de ladite machine, c’est-à-dire ou directement le patron, ou l’Etat, au service du patronat.

Pour donner un autre exemple d’Action directe des travailleurs, plus intéressant car plus puissant tant dans le symbole que dans le concret, mentionnons aussi les « réappropriations des outils de travail » menées et assumées par les grévistes dans l’Energie avec leurs syndicats CGT et leur fédération Mines Energie. Ces actions, menées par les travailleurs avec leurs syndicats, sur leurs propres outils de travail, permettent non seulement de faire pression sur l’employeur, mais aussi de démontrer en pratique la véracité du slogan « Nous travaillons, nous produisons, nous décidons ». Un symbole politique d’une grande importance.

Et ce, que ce soit pour mener des opérations « gaz gratuit » qui ont bénéficié à plus de 13 000 familles en France ou, au contraire, plonger dans le noir et le froid les institutions et les entreprises qui jouent avec la vie des travailleurs.

Ce n’est bien sûr pas un concours, quoiqu’on sache d’avance qui, de l’action CGT GRDF ou de l’activisme esthétique façon savant fous et graffiti, a le plus d’impact, et sur l’entreprise, et sur la réponse aux besoins, y compris environnementaux.

La réelle problématique, posée par le secrétaire général de l’UD CGT 13, est bien celle d’une réponse systémique, et donc global, à plusieurs questions systémiques elles aussi : « comment se chauffer, comment produire et pour quels besoins ».