Posté le 6 janvier 2020 Par Dans En avant, Luttes Avec 621 Vues

Pour élever le rapport de force, il faut que la peur change de camp

On le voit bien, le mouvement social est engagé dans un rapport de force puissant, mais encore insuffisant pour faire plier le gouvernement sur son projet de réforme des retraites. Bien que la mobilisation que nous vivons soit la plus forte de ces 30 dernières années, le pouvoir n’entend pas encore lâcher sa réforme-bélier qui doit lui permettre de casser la CGT, casser notre système de retraites, et ouvrir la voie à la privatisation de la Sécurité sociale.

Chacun d’entre nous doit donc méditer le mot d’ordre lancé par la CGT en cette semaine importante pour la lutte contre le projet des retraites par répartition : « Ensemble, nous sommes plus forts ».

Garder le cap et la revendication de « retrait » pur et simple de la réforme

Tenir bon sur le retrait de la réforme, c’est donc aussi tenir bon, et de manière préventive, sur les autres sujets de réformes que Macron souhaite nous imposer.

En réalité, la puissance du mouvement contre la réforme des retraites tient beaucoup à la clarté du message envoyé par la CGT au monde du travail : le retrait du projet ou rien. D’ailleurs, le soutien massif de la population envers le mouvement malgré les fake news et autres mensonges médiatiques, montre bien que les Français comprennent la fermeté de la CGT envers les projets de régression social.

Par ailleurs, la danse du ventre du gouvernement envers la CFDT illustre à merveille ce que de nombreux travailleurs dénonçaient déjà : la mesure de l’âge pivot est un trompe l’œil, un mirage pour permettre au pouvoir de détourner l’attention. Autre exemple de fake news : les annonces tonitruantes sur l’ouverture de négociations avec la CFDT sur… les modalités de financement de la réforme. Fidèle à sa raison d’exister, la CFDT veut donc (une nouvelle fois) négocier le poids des chaines.

Pour élever le rapport de force, il faut que la peur change de camp

Il n’y a pas de baguette magique qui puisse permettre l’engagement « miraculeux » d’autres secteurs dans la lutte. Comme toujours, « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Il n’existe pas d’autre manière de gagner.

Ces millions de travailleurs, du privé comme du public, qui ne sont pas encore rentrés dans la lutte, doivent entendre que la grève par procuration ne marche pas, que le débat n’est pas de savoir combien de millions d’euros pourront être collectés dans les caisses de grève, ni combien de temps les cheminots, traminots, raffineurs pourront tenir.

Le vrai sujet, le seul qui importe, est l’engagement massif d’autres secteurs clés dans la guerre sociale en cours, aux côtés des secteurs déjà mobilisés (traminots, cheminots, raffineurs).

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Il faut que chacun d’entre nous s’interroge en son âme et conscience : « Vais-je regretter de ne pas avoir bougé alors qu’il en était encore temps ? », « Pourrais-je regarder mes enfants dans les yeux quand ils me demanderont pourquoi la bataille des retraites a été perdu ? ».

Évidemment, il ne s’agit en aucun cas de jauger et juger ceux et celles qui, pour une raison ou un autre, hésitent encore à pleinement se lancer dans la grève. La répression de classe prend bien des formes, et pas uniquement celle de la violence policière ; en période de haute intensité du conflit de classe, les patrons n’hésitent pas à pratiquer des licenciements ou des non renouvellement de contrats des grévistes et l’embauche de salariés plus dociles, malléables et corruptibles.

Mais il s’agit en réalité toujours de la même perspective : faire en sorte que la peur change de camp. Que le patron ait peur de virer telle ou telle personne. Que la solidarité entre nous soit si vive et si forte qu’ils y réfléchissent à deux fois avant de se venger. Que les travailleurs, avec la CGT, demeurent vigilants et entravent la toute-puissance du patron.

Car ne nous leurrons pas. Derrière la réforme se cache également la volonté de briser le collectif, de faire en sorte que le monde du travail ne soit plus que l’addition d’individus, et non plus une force sociale organisée.

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L’aboutissement d’un tel processus, dont l’enclenchement ne date certainement pas de Macron, peut être empêché, et renversé. Le retour à des formes massives de mobilisations collectives est à ce titre un indicateur précieux et encourageant. C’est d’ailleurs, au fond, ce qu’il s’est passé avec les Gilets jaunes, ce qu’il se passe actuellement avec le mouvement social porté par la CGT, et ce qui peut encore se passer en cas de victoire de la mobilisation et de recul du gouvernement.

Cette grève contre la réforme des retraites ne concerne donc pas que les retraites. Il s’agit aussi de rappeler « qui » produit les richesses, « qui » fait tourner véritablement ce pays, « qui » paralyse la France quand il ou elle décide de ne plus travailler, de faire grève et bloquer l’économie. Il s’agit donc également de se faire respecter.

Ainsi, l’aspiration à une vie digne, l’unité de classe et la fierté de classe peuvent redevenir le ciment unissant les différents secteurs du monde de travail dans les luttes et confrontations actuelles et à venir contre nos ennemis communs, nos adversaires de classe.

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