3. Sécurité sociale – Sécurité et santé au travail
Si le document d’orientation marque de graves reculs sur la vision de l’organisation, il en va de même pour les revendications.
Un exemple : notre organisation veut elle peser sur les « transformations du travail » ou changer les choses en profondeur ?
Comment « reconstruire les solidarités à partir du travail » sans orientation claire de reconquête d’une sécurité sociale intégrale couvrant l’ensemble des risques auxquels le capital confronte les travailleurs ?
La sécurité sociale intégrale est ainsi absente du texte et remplacée par une sécurité sociale de haut niveau constituée d’une sécurité sociale professionnelle et du NSTS (nouveau statut du travail salarié).
Cette vision étriquée de la sécurité sociale explique en grande partie les faiblesses de la partie revendicative sur les retraites où l’on ne parle plus ni de la retraite à 55 ans pour les métiers pénibles ni du nombre d’annuités.
Dans un courrier commun, les Fédérations FNPOS CGT et FNIC CGT ont d’ailleurs souhaité « alerter les organisations de la CGT sur l’abandon de la Sécurité sociale héritée de 1945 dans le document d’orientation au profit d’un autre modèle de protection sociale. »
Pour ces deux fédérations CGT, la partie consacrée à la Sécurité sociale, au lendemain du 80e anniversaire de la fondation de la Sécu, dans le document d’orientation remet en question l’unicité de la Sécurité sociale. Pourtant, comme le rappellent les fédérations CGT des Organismes sociaux et des Industries chimiques, « la CGT a toujours revendiqué une Sécurité sociale sans branche avec une caisse unique qui garantit des droits identiques à 100% pour toutes et tous afin de sortir des inégalités que génèrent les assurances complémentaires ».
De même, les deux fédérations CGT dénoncent « l’abandon de la Sécurité sociale au profit d’un autre système de protection sociale qui dépend d’un côté de l’État et de l’autre de la négociation d’entreprise ou de branche », précisant qu’il s’agit là « d’un changement fondamental et inquiétant de système. »
« Les accidents de travail, les maladies professionnelles et le handicap [sont] traités en dehors de la Sécurité sociale », ajoutent encore la FNIC CGT et la FNPOS CGT qui regrettent également « l’abandon du système de retraite de la Sécurité sociale à prestations définies, redistributif et solidaire pour un autre système ».
A rebours du projet d’orientation de la direction confédérale, les deux fédérations CGT mettent en avant le projet du 100% Sécu pour reconquérir la Sécurité sociale de 1945 et la faire aboutir « à travers l’extension de son périmètre et l’amélioration des droits », son inscription pleine « dans la démocratie sociale originelle avec une gestion qui doit revenir aux représentants des travailleur(se)s assuré(e)s eux-mêmes. ».
« Le 100% Sécu organise l’unité de la Sécurité sociale autour de la caisse unique qui garantit des droits collectifs identiques pour toutes et tous indépendamment de l’entreprise ou du territoire dont ils dépendent. Le projet du 100% Sécu repose ainsi sur une solidarité de classe et un financement exclusif par la socialisation du salaire à travers la cotisation sociale. » explicite encore la contribution sur la Sécurité sociale formulée par la FNIC CGT et la FNPOS CGT.
Autre sujet, mais lié : la thématique de la sécurité et de la santé au travail.
Rappelons une première évidence : l’exploitation tue et mutile. Les accidents du travail et maladies professionnelles (ATMP) ont de graves conséquences : handicaps plus ou moins lourds, cancers, notamment liés à l’amiante, vies professionnelles et privées détruites, difficulté d’accès à la retraite : 135 000 inaptitudes sont prononcées par an, occasionnant des départs anticipés à la retraite, avec des pensions souvent minorées.
Si le travail tue, c’est bien le patron le tueur, avec son complice l’Etat. Car cette barbarie ordinaire du capitalisme n’a pas des « causes mystérieuses » et fatidiques. Bien au contraire. Cette situation est directement imputable à des choix politiques au service du patronat : l’augmentation du nombre de décès au travail est corrélée à la disparition des CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), du fait des ordonnances Macron de 2017. Ces dernières ont aussi acté la disparition de 4 des 10 critères de pénibilité pour les salariés du privé.
La pénibilité, c’est-à-dire l’exploitation capitaliste, va également de pair avec une volonté patronale d’éclatement des collectifs de travail, artificiellement divisés en salariés organiques et intérimaires.
Le patronat est toujours responsable de ces morts, véritables meurtres déguisés en statistiques. Et l’Etat est toujours complice de cette réalité : c’est l’Etat qui fixe, avec le patronat, le cadre global, puis qui offre dérogation sur dérogation. Ou tout simplement détourne les yeux, silencie les enquêtes et rapports, pioche dans la caisse couvrant les accidents et maladies professionnelles – 300 millions d’euros ponctionnés en 2024 – pour compenser le poids des aides aux entreprises ; le tiers du budget de l’Etat part chaque année dans les poches des grandes entreprises et de leurs actionnaires.
L’exploitation du travail est une guerre quotidienne menée contre les travailleurs et les travailleuses : selon les chiffres officiels, deux accidents de travail mortels par jour, au total, quatre décès quotidiens causés par le travail : voilà de quoi être en colère. Les travailleurs et les travailleuses se voient imposer des conditions de travail de plus en plus dégradés qui mettent leurs santés et leurs vies en danger.
Le Patronat veut tout : et l’assistanat public des grandes entreprises, la libéralisation du Code du travail, la dictature dans l’entreprise ET la loi du silence sur la pénibilité, la précarité, la mort au travail. La recherche, toujours plus vorace, de profits se fait – toujours – au détriment des travailleurs et des travailleuses. Or, nous aussi, nous voulons tout : une vie digne et en bonne santé, débarrassé de ceux qui nous usent jusqu’à notre mort. C’est pourquoi seule la résistance collective à l’exploitation capitaliste peut permettre à la classe ouvrière de lutter pour « ne pas perdre sa vie à la gagner. »

