Contribution Unité CGT | Comment nous organiser pour faire classe à nouveau ?

Structuration CGT – Comment nous organiser pour faire classe à nouveau ?

Les travailleurs, en France et dans le monde, dans un contexte d’aggravation des contradictions impérialistes, vont être confrontés à une nouvelle vague de mesures anti-ouvrières, qui vont encore aggraver nos vies, exiger des sacrifices, restreindre nos droits politiques et sociaux, intensifier la répression et le terrorisme idéologique et politique, imposer la « paix sociale » et « l’union sacrée ».

En France, le patronat, avec le gouvernement et les différentes forces politiques – du PS à l’extrême-droite – préparent de nouvelles vagues de mesures et réformes anti-ouvrières. L’union et l’organisation des travailleurs nécessitent de l’expérience, un plan de bataille unifié et confédéralisée, une orientation, des objectifs pour la contre-attaque du monde du travail.

Chacun peut le déplorer : rien dans le document d’orientation ne pourrait être identifié comme les prémices d’un plan de bataille. En effet, le préambule annonce la couleur : si nous avons perdu, c’est la responsabilité des syndicats qui n’ont pas su étendre la grève !

De cette analyse trompeuse découle la première partie du document d’orientation. « Renforcer notre organisation »… De cette partie, nous attirons l’attention des syndiqués sur la remise en cause et l’attaque qu’elle constitue contre le fédéralisme. 

Et que dire du recours par la Confédération à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) pour expertiser notre propre état de syndicalisation ? N’avons-nous pas la force suffisante, en interne, pour analyser notre propre organisation ? 

Comment le syndiqué CGT ou le syndicat CGT pourrait-il être acteur et décideur dans sa propre organisation quand il est dit clairement dans le rapport d’activité que des décisions relatives à la syndicalisation seront prises pendant le Congrès à partir d’un rapport « diligenté » à une association « indépendante » (de qui, sinon de la CGT ?), présidée par la CFDT et subventionnée par l’Etat et placée de fait sous la surveillance des services du Premier ministre ?

Toute la première partie du document est imprégnée de vocabulaire issu des grandes écoles faisant des syndicats CGT des organisations comme les autres qui doivent gagner en « transversalité », en « fidélisation » (les retraités apprécieront) et en « efficacité » !

Zoomons maintenant sur ce que la direction souhaite appliquer comme décisions confédérales. Il ne s’agit pas ici de décisions issues d’un plan de bataille – puisqu’il n’y a pas de plan de bataille – mais d’une traduction de l’orientation visant à prioriser le renforcement de la CGT dans les sièges des grands groupes du CAC 40.

En clair : rien n’est fait pour privilégier l’implantation dans les lieux de production. On retrouve bien là le projet de transformation de la CGT comme organe de coordination des luttes au service de ses organisations en think tank de soi-disant spécialistes du « monde du travail » qui expliquent aux organisations ce qu’elles doivent faire et dire dans le but unique avoué de mettre la pression sur les parlementaires !

Les faits sont néanmoins « têtus » : le syndicalisme CGT n’est pas le syndicalisme « en général ». La preuve ? Encore une fois, revenons sur la double-besogne : notre syndicalisme CGT porte ET les luttes du « quotidien » et la satisfaction des revendications immédiates ET un projet de transformation sociale radicale qui permettra, en donnant le pouvoir à ceux et celles qui sont les seuls créateurs de richesses, de diriger la société et de répondre aux immenses besoins sociaux. 

« Nous travaillons, nous produisons, nous décidons » : ce slogan, déjà porté par des syndicats CGT, explicite parfaitement une idée fondamentale : nous voulons « tout » reprendre en main, et « tout de suite ». 

« Ils divisent, on rassemble » : plus que jamais, notamment dans une société fracturée par l’individualisme et les divisions, notre syndicalisme CGT doit rassembler notre classe, l’ensemble des travailleurs et des travailleuses, quel que soit le métier, le secteur, la branche, le statut, la nationalité, la couleur de peau ou la confession religieuse, avec ou sans papier, etc… 

Unir notre classe, du collectif de travail sur tel site, tel service ou telle usine à l’ensemble des travailleurs et travailleuses en France, voilà notre tâche historique, urgente et nécessaire. 

Comment nous organiser pour faire classe à nouveau ?

Le document pose un constat, bien que de façon insuffisante : la CGT est acculée dans ses « bastions », qui représentent chaque année des nombres d’emplois plus faibles. Dans certains secteurs émergents de l’économie nous sommes peu implantés, tandis que même dans nos secteurs historiques nous nous maintenons principalement dans des grandes entreprises ou dans les services publics, – notamment les secteurs nationalisés -, souvent là où les luttes du passé ont permis d’arracher des statuts ou d’autres conquêtes sociales.

Depuis des décennies, la bourgeoisie utilise à outrance la sous-traitance, les externalisations et délocalisations, ainsi que le recours à toutes les couches de précarisation, de salariat déguisé et de techniques de surexploitation pour diminuer la part de salariés directement concernés par ces conquêtes.

Malgré un constat, dans le document d’orientation, sur le « panier percé » et la nécessité d’aller plus largement à la conquête du monde du travail, rien n’est fait pour remettre en cause le prisme idéologique du syndicalisme institutionnalisé qui pourtant accompagne cet éloignement de toute une partie de la classe ouvrière moderne de l’outil du syndicalisme de masse, de lutte, démocratique, de classe et indépendant.

Pire, les seuls éléments de réflexion concrets semblent renforcer cette direction. 

L’Union Générale des Ingénieurs, Cadres et Techniciens (l’une des trois organisations particulières statutaires de la CGT aux côtés de l’Union Confédérale des Retraités et du Comité National des Travailleurs Privés d’Emplois et Précaires) occupe déjà une place disproportionnée dans les espaces de direction, de coordination et de prises de décision. Sa création (d’abord comme UGIC) avait été justifiée lors du développement des « couches nouvelles » de la société d’après-guerre, comme un moyen de s’adresser spécifiquement à cette frange des travailleurs bénéficiant de conditions sociales meilleures que la majorité de notre classe, mais pourtant eux aussi exploités, souffrant du capitalisme et pouvant être gagnés au combat commun pour l’émancipation de notre classe.

Mais aujourd’hui, il est nécessaire de questionner l’analyse sur ce que le patronat et la statistique officielle appellent ICTAM (Ingénieurs, Cadres, Techniciens, Agents de Maitrise) : au-delà des statuts juridiques, les emplois réels peuvent relever d’une situation bien plus proche de l’exécution que de l’encadrement.

Qui plus est, dire que la place des ICTAM progresse dans l’effectif d’un certain nombre d’entreprises revient à uniquement réfléchir notre classe à travers la composition des collèges électoraux. 

Une piste proposée est la revendication d’intégrer la sous-traitance au sein des CSE des donneurs d’ordre. Il ne s’agit pas de commenter ici l’opportunité précise de cette revendication dans telle ou telle lutte concrète.

Cependant, en faire une perspective nationale et interprofessionnelle face à l’immense question de l’implantation dans la classe montre les limites de la réflexion au sujet de l’organisation et de la composition de notre classe.

A l’inverse, nous soumettons une piste de réflexion : comment, sur un même site d’activité, construire un processus de luttes communes à l’ensemble des salariés (donneurs d’ordre, sous-traitants, travailleurs avec statut, intérimaires, travailleurs détachés…) ? Comment construire un cahier revendicatif commun à tous ces salariés ? De quels outils militants CGT (déjà existants ou à construire) avons-nous besoin ?

Aujourd’hui, l’économie et l’emploi restent dominés par des grands monopoles, dont une grande partie sont soit publics, soit nationalisés, soit des entreprises dont l’Etat détient ou a détenu des parts, soit gavées d’argent public. Malgré des modèles économiques qui peuvent varier, on peut regrouper plusieurs analyses sur les techniques de fragmentation de notre classe, et en faire des priorités d’organisation. 

Quelques exemples : 

– Engager l’action CGT contre le « halo de précarité ». Dans chaque entreprise gravitent, autour des embauchés, des travailleurs avec des statuts toujours plus précarisés : intérimaires, CDD, apprentis, contrats aidés, services civiques, travailleurs détachés, immigrés sans titre de séjour,… Ces prolétaires sont, eux aussi, la classe ouvrière : ils produisent, eux aussi, les richesses et figurent souvent au premier rang des exploités qui font tourner le pays. 

L’urgence est là : faire en sorte que ces travailleurs et travailleuses puissent prendre toute leur place dans l’organisation. Cela passe par un effort national pour armer l’ensemble de la CGT et faire de cet axe une priorité revendicative, organisationnelle et pratique . 

Ce sujet recoupe d’ailleurs des thématiques dans lesquelles la CGT prend déjà largement sa place, comme par exemple la lutte contre le racisme, le sexisme au travail et contre le fascisme.

Mais pouvons-nous mener efficacement ces débats dans la société si nous ne les accompagnons pas d’un effort prioritaire pour être un outil efficace auprès de ceux qui en subissent les effets de plein fouet ?

La précarité touche plus largement les femmes et notamment ceux d’origines immigrées, que notre modèle syndical prétend défendre mais est structurellement en difficulté pour les organiser.

– Engager partout l’action contre les manipulations économiques et légales qui visent à empêcher que les collectifs de travail s’élargissent : location-gérance, franchises, divisions fictives en entreprises multiples, Ces opérations sont à la fois des maquillages financiers servant à échapper aux impôts et obligations sociales comme la mise en place de CSE, qu’à compliquer la formation de collectifs de travail plus larges, donc de bases pour la lutte. En passant par des intermédiaires qui prennent eux aussi leur part, la pression est d’autant plus forte sur les salariés dont les conditions de travail, les quotas et les cadences sont souvent aggravées, avec les abus caractéristiques des collectifs de travail plus petits où le droit du travail n’a souvent pas cours !

Des luttes existent, sur lesquelles il est possible de s’appuyer, et là aussi il est possible d’en faire une priorité et de chercher ensemble, face aux manipulations économiques patronales, comment retrouver notre masse en tant qu’exploités. Pour cela, « redevenir l’organisation du Travail, et non celle de l’Emploi » et un mot d’ordre a discuter dans toute sa portée concrète et contemporaine.

– Considérer la lutte contre le chômage et toutes les variétés de privation d’emploi comme la reine de batailles. 

Alors que les mesures anti-chômeurs se multiplient, en paralléle d’une propagande violente pour faire des privés d’emplois des parias, profiteurs du système et criminels, notre organisation se borne encore dans la plupart des cas à la défense de l’emploi, et à demander la réindustrialisation et des services publics. La lutte contre le chômage va de pair avec l’organisation des chômeurs mais n’est pas la même question. 

Il devrait par exemple être mis au débat l’inscription systématique des camarades privés d’emploi au CNTPEP et dans les comités locaux de travailleurs privés d’emploi et précaires, en lien avec les organisations fédérales, locales et les syndicats concernés, afin d’assurer que la continuité syndicale puisse être maintenue quelle que soit la situation des camarades concernés, et de fournir un cadre syndical à l’ensemble des travailleurs, en situation d’emploi ou non. La bataille pour les droits des chômeurs est un soutien direct à toutes les possibilités de lutte au sein des entreprises, où la menace du chômage reste la première chape de plomb qui fait accepter les bas salaires et développe à la fois la résignation et la division des travailleurs.

Par ailleurs, la lutte contre le chômage ne peut se borner à la défense d’une politique de réindustrialisation menée par l’Etat, à une époque où le capital réorganise ses schémas de production et de circulations dans le cadre de la montée des tensions inter-impérialistes et de recomposition des alliances commerciales et militaires mondiales. 

Il faut ainsi poser d’emblée la question de « qui dirige la production », et « dans quel but » elle est effectuée. L’histoire nous a prouvé que les capitalistes sont capables de nationaliser, soit pour socialiser les investissements peu lucratifs, comme par exemple en infrastructures, soit pour temporairement renflouer des secteurs victimes de leur propre accumulation, soit même pour organiser la destruction industrielle. 

Si nous n’associons pas à la bataille pour l’industrie celle pour la propriété sociale des entreprises et celle pour le contrôle des travailleurs pour la production, ainsi que la planification scientifique centralisée pour la réponse aux besoins sociaux, alors non seulement la perspective de plein emploi réel n’est pas atteignable, mais nous faisons de notre organisation l’accompagnatrice de l’option « Etat stratège » (et pourquoi pas, sa caution sociale), d’une bourgeoisie qui chercher actuellement à préserver ses profits et repenser sa stratégie de production face aux guerres militaires et commerciales.

Ces quelques pistes de réflexion, ainsi que d’autres, pourraient nourrir des réflexions sur le renouveau d’un syndicalisme de classe et de masse orienté vers la classe ouvrière contemporaine, dans toute sa diversité, avec ses statuts juridiques, ses préoccupations et ses forces de lutte. Retrouver la masse ne peut se faire qu’en retrouvant la classe ! 

Partout nous avons des exemples de luttes menées par des camarades CGT, ou parfois par des travailleurs non syndiqués, dans ces champs de divisions dressés au sein du camp du travail. Ce sont autant d’exemples non seulement à soutenir, mais à prendre en exemple, étendre, analyser et généraliser là où cela est possible, en articulation avec toutes les organisations CGT. 

La confédéralisation des luttes, la réponse aux besoins sociaux restent la meilleure boussole y compris quand il s’agit de répondre aux défis de l’unité, la conscience et l’organisation de l’ensemble de la classe. La Confédération a en main des outils et des processus qui sont soient sous-utilisés, soit mal utilisés. 

A l’inverse, force est de constater que les pistes posées s’y font en marge : soit de la démarche revendicative fondamentale, y compris en faisant confusion entre les besoins sociaux, objectifs et généraux, et les aspirations, individuelles ou collectives mais particulières, soit en marge du travail lui-même par exemple en proposant un rapprochement avec les syndicats étudiants dans une partie du document d’orientation confédéral qui mentionne non pas l’alliance avec d’autres couches sociales mais bien la classe ouvrière elle-même.

Pourtant la division de la classe n’est pas une fatalité : elle impose seulement de prendre la mesure de ses ressorts économiques, impérialistes et néocoloniaux, sociaux, racistes et sexistes, et de faire l’objet d’une recherche afin de retrouver où et comment faire masse, pouvoir stopper les leviers productifs, s’attaquer aux flux de marchandises et de capitaux, et ainsi réellement reconstruire le rapport de force, seul voie pour imposer nos revendications, qu’elles soient les plus minimes ou les plus maximales.

La défense de l’orientation militante des syndicats CGT, de leur fonctionnement démocratique, de leur la ligne de lutte des classes en opposition aux intérêts du patronat sont ainsi des conditions préalables pour ne pas être désarmé et pouvoir résister aux attaques.

Dans ces conditions, il est crucial que le mouvement syndical ne soit pas pris dans les griffes des gouvernements bourgeois et des groupes d’entreprises. Il est nécessaire aujourd’hui de renforcer la lutte sur les lieux de travail, dans les secteurs économiques et branches professionnelles, de renforcer la contre-attaque du mouvement ouvrier syndical.

L’enracinement des syndicats dans les grands lieux de travail et dans tous les secteurs économiques et branches professionnelles est à ce titre une problématique cruciale pour renforcer le niveau d’organisation de la classe ouvrière. Il s’agit là d’un point majeur qui ne peut être évacué par un tour de passe-passe bureaucratique.

En effet, on peut ainsi lire dans le document d’orientation la proposition de créer une « Maison commune » avec la FSU qui, de fait, sape et détruira nos fondations organisationnelles et idéologiques. Dans le même temps, la direction confédérale prend le pari, alors que les Congrès précédents l’ont récusé, de remettre sur le tapis la question des Comités régionaux.

A UnitéCGT, nous prenons l’optique inverse et souhaitons ici réaffirmer notre adhésion totale aux principes du fédéralisme CGT, et de mettre en avant les Unions locales CGT et les syndicats CGT.

Stratégie des luttes, CGT et syndicalisme rassemblé

Le document d’orientation de la Confédération se garde d’analyser les raisons des lourdes défaites des mouvements sociaux nationaux de ces dernières années, en particulier contre la réforme des retraites en 2023 et plus récemment, à l’automne 2025, contre le projet de budget 2026.

Pire encore : on peut lire dans le document un véritable transfert de la responsabilité de la défaite sur nos bases CGT organisées : « Les appels interprofessionnels intersyndicaux doivent être déclinés dans les territoires, les services, les professions mais aussi sur les lieux de travail, face au patron. Cela nous a manqué pendant la mobilisation pour les retraites. »

Soulignons aussi que, dans le préambule, la direction confédérale affirme que la Macronie a payé « son passage en force au prix fort ». Quel est ce donc ce prétendu « prix » ? Selon le document il s’agit de l’absence de majorité macroniste au parlement. Pourtant, cette assertion ne tient pas quand on regarde le nombre de loi scélérates votées avec le soutien de l’extrême-droite (loi asile et immigration, réformes brutales de l’assurance-chômage) ou les socialistes (PLF / PLFSS). Pire, cela trompe aussi les camarades sur la nature même du capitalisme qui pourrait être autre chose qu’un régime économique et donc politique instable…

Martelons-le : le bilan réel de l’échec des mobilisations sociales de ces dernières années doit être traité. Et, il s’agit bien ici, entre autres, de l’échec de la stratégie du syndicalisme rassemblé et de l’intersyndicale nationale malgré un très large soutien de la population à la mobilisation. 

Cette doctrine du syndicalisme rassemblé revient avant tout à vouloir l’union des logos. Cette union se réalise donc, systématiquement, au prix d’un alignement par le bas de nos contenus et de nos stratégies. 

Un exemple parmi d’autres sur les contenus revendicatifs : la Confédération s’est opposée en 2023 au passage aux 64 ans comme âge légal de départ à la retraite MAIS, afin d’obtenir le logo de la CFDT, a mis en veilleuse notre revendication CGT du retour aux 60 ans. 

Un autre exemple sur les stratégies : la Confédération, pour maintenir en vie une intersyndicale artificielle, a appelé à des « journées d’action » calquées sur le calendrier parlementaire au lieu d’appeler (et de s’engager dans la construction du processus) à la grève reconductible. Avec, au bout du bout : la défaite. 

Rappelons qu’en 2019-2020 contre la réforme des retraites à points, nous nous étions, collectivement, davantage appuyé sur nos fondamentaux, sur l’appel du CCN. A ce moment, la CFDT et la CFTC étaient alors dans le camp du gouvernement et soutenaient la réforme. 

En 2023, l’ennemi était dans nos rangs et dictait les slogans et le tempo.

L’enjeu réel et effectif pour l’intersyndicale en 2023 a été en réalité de ne surtout pas perturber – ou pire, paralyser – l’économie. Si, comme la direction confédérale le souhaite, nous maintenons cette stratégie, nous revivrons encore et encore ce que nous avons vécu en 2023, puis 2025.

Il n’est pas ici question, en refusant le « syndicalisme rassemblé », de théoriser l’esseulement et l’isolement, mais au contraire de mettre en avant « l’unité ouvrière » et « l’unité syndicale », vieilles doctrines qui ont fait leurs preuves dans le feu de la lutte. 

Nous ne voulons pas d’intersyndicale permanente – qui confisquerait d’ailleurs, à terme et de manière irrévocable, toute démocratie interne – mais des alliances militantes dans des combats locaux, fédéraux, confédéraux, sur la base des contenus et stratégies de la CGT. 

Organiser la classe ouvrière et l’ensemble des travailleurs et travailleuses pour gagner les batailles du quotidien et pour imposer la transformation sociale et radicale de la société est indissociable d’un retour à une approche marxiste de la guerre des classes. 

Pourquoi ? Tout simplement pour comprendre le monde et rappeler que chaque conquête sociale arrachée au capitalisme est par nature temporaire, fragile et systématiquement remise en cause par les possédants. 

Personne ne dispose de solution miracle pour « gagner ».Mais, le syndicalisme CGT, de par son histoire, a une approche différente de la stratégie des luttes.

 Parce que la CGT s’est inscrite pleinement, dès sa fondation, dans la lutte des classes, tant dans l’action à partir des lieux de travail que dans le travail quotidien de conscientisation que dans la « double besogne », de fait le « tous ensemble » et « en même temps », notamment par la grève ont ainsi un sens tout à fait différent pour les syndicalistes révolutionnaires.

Notre CGT est une conquête de la classe ouvrière : le syndicalisme CGT n’est pas le « syndicalisme en général ». La force et le prestige de la CGT proviennent encore et toujours des luttes pionnières menées par les syndicats CGT et les travailleurs mobilisés. Ces luttes sont notre espoir, et l’espoir est dans la lutte du peuple !

La défense des services publics et de l’industrie, associée à la défense des emplois (et des conditions de travail) est une idée évidente pour l’ensemble des syndicalistes de la CGT, notamment alors que l’Etat poursuit sa politique de casse sociale systémique et accompagne et protège la politique de liquidation de l’activité industrielle et de l’emploi (plus de 300 000 emplois détruits ou menacés) mené tambour battant par un patronat parasite – le tiers du budget de l’Etat subventionne les grandes entreprises.

Notre CGT doit redevenir un point de référence pour la nécessité de regroupement et de contre-attaque du mouvement ouvrier syndical, de l’organisation de la lutte des travailleurs sur la base de leurs propres intérêts contre la ligne de compromis et de soumission aux intérêts du patronat et de son gouvernement.

Cette nécessité induit une rupture nécessaire et urgente avec l’institutionnalisation (et ses multiples mécanismes qui engluent et ralentissent notre action). Mais aussi l’arrêt de la participation de la Confédération aux mécanismes de « dialogue social » à l’instar du Conclave sur les retraites. 

Le document confédéral n’apporte pas de réponses concrètes aux difficultés que pose l’institutionnalisation de notre syndicalisme et qui s’accompagne de la submersion de nos mandatés par les réunions avec le patronat. 

Une autre question, connexe et peut-être davantage centrale, est celle de la place de nos élus et mandatés dans le processus de lutte, la priorisation des tâches et objectifs et la construction du rapport de force. Une réponse, parmi d’autres, à ce sujet pourrait être l’idée qu’il faut, et c’est dans l’ADN de la CGT, mener un double mouvement de processus de lutte : trouver de la force et de la volonté ET à l’intérieur de l’entreprise/service mais aussi à l’extérieur, avec l’interpro, c’est-à-dire construire – sans les séparer artificiellement – le rapport de force avec l’ensemble des syndicats d’un même bassin d’emploi ou territoire, de l’Union locale et de l’Union départementale. 

Affinons encore davantage la réflexion quant à la question de la participation à des instances de dialogue social. Nous récusons la vision confédérale actuelle qui semble percevoir la démocratie sociale et syndicale uniquement par le biais du paritarisme et du dialogue social. 

Ce paritarisme parasite cette réflexion : notre objectif n’est pas de « partager » quoi que ce soit, et certainement pas le pouvoir, avec ceux et celles qui nous exploitent. Nous ne voulons pas « cogérer » le système, nous voulons le renverser, c’est-à-dire remettre les choses à l’endroit et le diriger. C’est bien parce que les travailleurs et les travailleuses sont les seuls créateurs des richesses que ces derniers doivent être à la tête du régime politique, économique et social.  

Les droits et libertés sociales et syndicales n’ont pas été « offerts » par le patronat et son Etat, mais ont été obtenus à coups de grèves, mouvements sociaux massifs et offensifs. Ces victoires ont bien souvent été arrachées au prix, aussi, d’une répression gouvernementale et patronale violente. 

Soulignons ici que la répression qui frappe quotidiennement l’ensemble de la classe ouvrière, organisée comme non-organisées, s’est singulièrement amplifiée depuis la défaite de la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023, se réalise avec la complicité active de la Macronie et accompagne aussi la montée en puissance électorale (et médiatique) de l’extrême-droite. 

En réalité, le document propose de sortir de l’institutionnalisation tout en soumettant l’action syndicale au cadre institutionnel.

Concomitamment, la partie du document sur les activités sociales et culturelles et l’éducation populaire ne mentionne en rien les moyens propres aux organisations CGT (ignorant l’immense atout en ce sens des Bourses du Travail) et reste uniquement sur les moyens des CSE. Elle mentionne aussi le besoin de « soutenir l’ESS » (économie sociale et solidaire) pourtant entièrement capitaliste.

A rebours, notre priorité, en toutes circonstances, n’est pas de « créer les conditions du dialogue social » mais de construire le rapport de force, entreprise par entreprise, branche par branche, secteur par secteur.

Rien ne nous sera offert « par le haut », qu’il s’agisse du patronat ou des différents gouvernements qui ne sont pas là pour « négocier » mais pour imposer leurs choix de classe. Il n’y pas de conquêtes sociales sans mobilisation de notre classe. Le prisme des élections professionnelles ne doit pas nous enfermer dans une routine électoraliste et faire oublier que la force de la CGT ne se résume surtout pas à un score électoral.