4. International
Alors que la guerre impérialiste et sioniste en Iran a bouleversé la géopolitique et les flux énergétiques et que le monde entier s’ancre dans une ère de guerres généralisés, les 4 pages (sur 84) consacrées à l’international démontre, au mieux, l’incapacité de la Confédération à se situer à la hauteur des enjeux de la période.
Ces 4 pages sont une délégation complète faite à la CSI et à la CES des questions internationales, confirmant le désintérêt croissant de la direction confédérale pour ces sujets, pourtant historiquement constitutifs d’une organisation de classe. Le flou entretenu concernant la guerre et les budgets militaires (contre la guerre mais pas opposé à la hausse du budget de la défense) laisse craindre le pire quant à la position de la CGT si demain l’Etat français se lançait pleinement dans un conflit. L’alignement de la CGT sur les positions de la CSI et de la CES pourrait nous conduire vers une nouvelle « union sacrée », ligne de fracture historique ultime entre réformistes et révolutionnaires.
Cette incapacité s’est récemment illustrée sur au moins 4 sujets : la Palestine, le Venezuela, l’Iran et le Liban, et Cuba. Alors que ces pays sont la proie et la cible de la barbarie impérialiste, nous ne pouvons que constater une absence patente de dynamique et de volonté internationaliste. A l’image de la solidarité avec Cuba, à un moment pourtant crucial, notre Confédération CGT ne parvient pas, par manque d’organisation et de volonté, à organiser des initiatives à la hauteur de nos capacités et surtout des enjeux du moment.
Soulignons aussi que la section du document d’orientation sur l’échelle européenne » tente de calquer/caser l’organisation syndicale sur les institutions de l’Union européenne tandis que la stratégie – idéaliste – pour la paix met en avant une forme plus avancée de lobbying syndical pour peser sur les institutions internationales – malgré leur démonétisation évidente – à l’instar des Nations unies ou de l’OIT. Ceux et celles qui attendaient une mobilisation – ou à minima une sensibilisation, de masse et ancrée dans les lieux de travail, en sont pour leurs frais.
Dans le même temps, la Confédération fait une nouvelle fois l’impasse sur une analyse rigoureuse de la nature réelle de l’Union européenne.
Pourtant, la Commission européenne impose, main dans la main avec les patrons et les gouvernements nationaux, l’austérité et organise la casse et la vente à la découpe des services publics et des monopoles industriels publics (SNCF, EDF-GDF, France Telecom…).
Pourtant, l’Union européenne, avec l’OTAN est la première responsable des guerres dans le monde et en Europe, en particulier dans les Balkans et en Ukraine. La recherche de nouveaux marchés à piller et accaparer, de dizaines de millions de travailleurs surqualifiés à sous-payer, et la confrontation avec la Russie, mettent tous les peuples d’Europe (et du monde) en danger. A ce titre, le projet d’une armée européenne est une menace réelle pour la sécurité collective des centaines de millions de citoyens d’Europe et de Russie.
Pourtant, en France comme en Europe, le « dialogue social » est un piège. La dictature austéritaire imposée aux peuples, à l’image du pillage de la Grèce, démontre que l’UE a été construite comme une machine de guerre antisociale.
La Confédération Européenne des Syndicats, véritable institution de l’UE directement co-pilotée par la Commission européenne, diffuse une illusion inacceptable et ment aux travailleurs en prétendant pouvoir obtenir, par la seule négociation et en suivant docilement le calendrier patronal, de réelles avancées sociales.
A l’inverse, le soutien sans faille de la Fédération Syndicale Mondiale aux luttes sociales en Europe fait écho à la combativité des organisations syndicales affiliées à la FSM et très souvent, notamment en Grèce et en Italie, à l’initiative de grandes grèves et victoires populaires.
Par ailleurs, la matrice anticommuniste de l’UE se vérifie année après année. Construite pour faire échec aux Soviets, aux syndicats rouges et aux Partis Communistes, l’UE continue de placer sur le même plan le 3e Reich nazi avec l’Union soviétique, le fascisme avec le communisme. Ce révisionnisme historique inacceptable et indécent se vérifie notamment le 9 mai, jour commémoratif de la grande Victoire antifasciste transformée en « journée de l’Europe ».
Le non-respect de la victoire du « Non » au référendum constitutionnel de 2005, et plus récemment les politiques austéritaires brutales imposées au peuple grec, démontrent que l’UE est un outil autoritaire calibré pour écraser les peuples. L’Union européenne n’est pas réformable. Son ADN est bien celui d’un capitalisme particulièrement agressif. C’est pourquoi l’UE doit être liquidée.
Citer le mot « impérialisme » (en dénaturant l’analyse) ne suffit pas pour évacuer du débat la réflexion sur la crise capitaliste, les contradictions inter-impérialistes, la multiplication des guerres et agressions impérialistes.
En découle notamment l’incapacité à nommer et dénoncer l’impérialisme français partout où ce dernier opère. Ou à comprendre la guerre comme la continuation de la politique par d’autres moyens ET comme la porte de sortie du capitalisme.
Partant, cela explique aussi – en connexion avec la stratégie des luttes sans rapport de force – le caractère particulièrement idéaliste (et donc irréalisable) des propositions de la direction confédérale CGT pour « peser » sur la marche du monde. L’idée de la nécessaire transformation sociale, non seulement en France mais aussi à l’échelle du monde, est – logiquement – totalement écarté.
On pourrait aussi revenir sur les « fragilités » des positions confédérales au sujet de la Palestine, sans parler de l’insupportable soutien au bloc OTAN-UE en Ukraine. Le document d’orientation appelle ainsi au soutien de la population ukrainienne en omettant la population russe, qui semble-t-il selon les rédacteurs ne souffrirait pas de la guerre. C’est un abandon des analyses et positions internationalistes de la CGT.
On voit même apparaitre dans le document la revendication d’une « défense européenne », dont on ne sait d’où elle sort (à part des déclarations de Macron et de l’UE) ni ce qu’elle contient.
A ce titre, soulignons l’idée suivante : notre CGT doit réaffirmer son opposition résolue, totale et inconditionnelle face au fascisme et au suprémacisme, et donc aussi face au sionisme. Cette nécessité, déjà urgente avant 2023, s’impose désormais à nous tous et toutes.
Soulignons ici le caractère inédit et porteur d’espoir des grandes grèves générales et immenses mobilisations ouvrières et populaires en Italie contre le génocide en Palestine, contre l’effort de guerre et pour la réponse aux besoins sociaux.
Grèves, blocages des flux logistiques (notamment dans les plateformes, ports et aéroports), manifestations et actions offensives : en Italie, les travailleurs et le peuple se sont ainsi soulevés en septembre et octobre 2025 contre le génocide en Palestine et se sont inspirés du mot d’ordre de #ToutBloquer.
Le succès de la grève générale du 22 septembre, puis du 3 octobre contre le génocide, à l’appel de la seule Union Syndicale de Base, a démontré l’ampleur de la colère et de la solidarité avec Gaza.
Des centaines de milliers de grévistes et de manifestants ont lancé un véritable « ultimatum » (par les actes et non les paroles ou menaces vides de perspectives à l’image de l’intersyndicale française) au gouvernement italien.
Ce mouvement ne tombe pas du ciel. C’est bien le syndicalisme de classe en action, manifesté ici par l’Union Syndicale de Base (USB), puissant syndicat affilié à la Fédération Syndicale Mondiale, qui (débarrassée de l’institutionnalisme et du sionisme) constitue la principale cheville ouvrière (et radicale) en Italie de la lutte contre le génocide.
La guerre de libération en Palestine et le Génocide à Gaza, ainsi que les multiples guerres et opérations militaires, actes de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité perpétrés par Israël en Asie occidentale, contre la Palestine, le Liban, l’Iran, le Yémen… doivent nous engager à réaffirmer notre solidarité totale avec la résistance palestinienne, à chasser hors de nos rangs les sionistes qui se rendent de fait complices des guerres génocidaires du régime de Tel Aviv, et à rompre avec la Confédération Syndicale Internationale dont les liens étroits avec la centrale « syndicale » et criminelle israélienne Histadrout ne sont plus à démontrer.
Les concepts creux, fallacieux et dangereux – car confusionnistes – « d’Internationale réactionnaire » masquent également mal l’absence d’analyses et de perspectives. Là encore, cette position est cohérente avec le distinguo absurde effectué par la direction confédérale entre ennemi d’extrême droite et adversaire de droite ou du centre. Nous disons à l’inverse que ces différentes facettes de l’échiquier politique – au niveau national comme international – représentent avant tout les mêmes maîtres : les patronats et les oligarchies qui dominent et dirigent chaque pays capitaliste, et se coordonnent à l’échelle de la planète.
Sans surprise, le document d’orientation tord la réalité, selon le prisme de réflexion de la direction confédérale, sur la nature des affiliations internationales de notre Confédération.
Ainsi, pour la CEC et le BC, point de salut en dehors de la Confédération Syndicale Internationale et de la Confédération Européenne des Syndicats. Et ce alors que ces instances internationales sont connues et reconnues comme des organisations qui jouent un rôle fondamental dans la promotion du « dialogue social » international, dans la justification des agressions impérialistes, dans l’entrave de l’expression de la solidarité, notamment avec Gaza et la Palestine.
Pire, le document d’orientation, dans un excès de zèle et de sectarisme, ne mentionne même pas la Fédération Syndicale Mondiale, dont la CGT est pourtant une des organisations fondatrices historiques.
Notons au passage que les décisions votées au 52e Congrès confédéral de coopérer avec la FSM, notamment sur l’anticapitalisme et l’antifascisme, n’ont pas été respectées et appliquées, ni par la précédente direction confédérale ni par l’actuelle.
En clair, la direction confédérale méprise les organisations CGT (Fédérations, Unions départementales, Unions locales, syndicats) et leurs quelques 100 000 syndiqués CGT, affiliés à la Fédération Syndicale Mondiale, sans parler du mépris pour les 600 000 adhérents de la CGT qui ont voté pour cette orientation.
Réaffirmons-le : la CGT doit rompre avec la CSI et la CES, et rejoindre la FSM !
Pour reprendre une expression de Sophie Binet, il est « minuit moins une » à l’échelle d’un monde prisonnier des contradictions impérialistes.
En France, cela se traduit et par un raidissement interne et une amplification de la guerre sociale menée par le patronat contre les travailleurs mais aussi par un effort colossal – à l’échelle nationale, européenne et internationale – de réarmements tous azimuts et de course au militarisme. On nous parle « d’économie de guerre », de rétablissement du service militaire, les budgets militaires explosent (au détriment des dépenses publiques pour l’hôpital, l’école, la protection sociale), les généraux envahissent les plateaux télévisés, le patronat et une large partie du spectre politique appelle d’ores et déjà à restreindre les droits sociaux et politiques….
La situation est donc dangereuse et appelle par conséquent à une réponse collective forte et déterminée. Nous avons ainsi besoin que notre CGT refuse de participer – d’une manière ou d’une autre – à cette union sacrée qui ne dit pas (encore) son nom. Nous avons besoin d’une confédération CGT partie prenante et impulsant une coalition contre la guerre et le militarisme.

