Contribution UnitéCGT | 1. Stratégie des luttes, CGT et syndicalisme rassemblé

1. Stratégie des luttes, CGT et syndicalisme rassemblé

Le document d’orientation de la Confédération se garde d’analyser les raisons des lourdes défaites des mouvements sociaux nationaux de ces dernières années, en particulier contre la réforme des retraites en 2023 et plus récemment, à l’automne 2025, contre le projet de budget 2026.

Pire encore : on peut lire dans le document un véritable transfert de la responsabilité de la défaite sur nos bases CGT organisées : « Les appels interprofessionnels intersyndicaux doivent être déclinés dans les territoires, les services, les professions mais aussi sur les lieux de travail, face au patron. Cela nous a manqué pendant la mobilisation pour les retraites. »

Soulignons aussi que, dans le préambule, la direction confédérale affirme que la Macronie a payé « son passage en force au prix fort ». Quel est ce donc ce prétendu « prix » ? Selon le document il s’agit de l’absence de majorité macroniste au parlement. Pourtant, cette assertion ne tient pas quand on regarde le nombre de loi scélérates votées avec le soutien de l’extrême-droite (loi asile et immigration, réformes brutales de l’assurance-chômage) ou les socialistes (PLF / PLFSS). Pire, cela trompe aussi les camarades sur la nature même du capitalisme qui pourrait être autre chose qu’un régime économique et donc politique instable…

Martelons-le : le bilan réel de l’échec des mobilisations sociales de ces dernières années doit être traité. Et, il s’agit bien ici, entre autres, de l’échec de la stratégie du syndicalisme rassemblé et de l’intersyndicale nationale malgré un très large soutien de la population à la mobilisation. 

Cette doctrine du syndicalisme rassemblé revient avant tout à vouloir l’union des logos. Cette union se réalise donc, systématiquement, au prix d’un alignement par le bas de nos contenus et de nos stratégies. 

Un exemple parmi d’autres sur les contenus revendicatifs : la Confédération s’est opposée en 2023 au passage aux 64 ans comme âge légal de départ à la retraite MAIS, afin d’obtenir le logo de la CFDT, a mis en veilleuse notre revendication CGT du retour aux 60 ans. 

Un autre exemple sur les stratégies : la Confédération, pour maintenir en vie une intersyndicale artificielle, a appelé à des « journées d’action » calquées sur le calendrier parlementaire au lieu d’appeler (et de s’engager dans la construction du processus) à la grève reconductible. Avec, au bout du bout : la défaite. 

Rappelons qu’en 2019-2020 contre la réforme des retraites à points, nous nous étions, collectivement, davantage appuyé sur nos fondamentaux, sur l’appel du CCN. A ce moment, la CFDT et la CFTC étaient alors dans le camp du gouvernement et soutenaient la réforme. 

En 2023, l’ennemi était dans nos rangs et dictait les slogans et le tempo.

L’enjeu réel et effectif pour l’intersyndicale en 2023 a été en réalité de ne surtout pas perturber – ou pire, paralyser – l’économie. Si, comme la direction confédérale le souhaite, nous maintenons cette stratégie, nous revivrons encore et encore ce que nous avons vécu en 2023, puis 2025.

Il n’est pas ici question, en refusant le « syndicalisme rassemblé », de théoriser l’esseulement et l’isolement, mais au contraire de mettre en avant « l’unité ouvrière » et « l’unité syndicale », vieilles doctrines qui ont fait leurs preuves dans le feu de la lutte. 

Nous ne voulons pas d’intersyndicale permanente – qui confisquerait d’ailleurs, à terme et de manière irrévocable, toute démocratie interne – mais des alliances militantes dans des combats locaux, fédéraux, confédéraux, sur la base des contenus et stratégies de la CGT. 

Organiser la classe ouvrière et l’ensemble des travailleurs et travailleuses pour gagner les batailles du quotidien et pour imposer la transformation sociale et radicale de la société est indissociable d’un retour à une approche marxiste de la guerre des classes. 

Pourquoi ? Tout simplement pour comprendre le monde et rappeler que chaque conquête sociale arrachée au capitalisme est par nature temporaire, fragile et systématiquement remise en cause par les possédants. 

Personne ne dispose de solution miracle pour « gagner ».Mais, le syndicalisme CGT, de par son histoire, a une approche différente de la stratégie des luttes.

 Parce que la CGT s’est inscrite pleinement, dès sa fondation, dans la lutte des classes, tant dans l’action à partir des lieux de travail que dans le travail quotidien de conscientisation que dans la « double besogne », de fait le « tous ensemble » et « en même temps », notamment par la grève ont ainsi un sens tout à fait différent pour les syndicalistes révolutionnaires.

Notre CGT est une conquête de la classe ouvrière : le syndicalisme CGT n’est pas le « syndicalisme en général ». La force et le prestige de la CGT proviennent encore et toujours des luttes pionnières menées par les syndicats CGT et les travailleurs mobilisés. Ces luttes sont notre espoir, et l’espoir est dans la lutte du peuple !

La défense des services publics et de l’industrie, associée à la défense des emplois (et des conditions de travail) est une idée évidente pour l’ensemble des syndicalistes de la CGT, notamment alors que l’Etat poursuit sa politique de casse sociale systémique et accompagne et protège la politique de liquidation de l’activité industrielle et de l’emploi (plus de 300 000 emplois détruits ou menacés) mené tambour battant par un patronat parasite – le tiers du budget de l’Etat subventionne les grandes entreprises.

Notre CGT doit redevenir un point de référence pour la nécessité de regroupement et de contre-attaque du mouvement ouvrier syndical, de l’organisation de la lutte des travailleurs sur la base de leurs propres intérêts contre la ligne de compromis et de soumission aux intérêts du patronat et de son gouvernement.

Cette nécessité induit une rupture nécessaire et urgente avec l’institutionnalisation (et ses multiples mécanismes qui engluent et ralentissent notre action). Mais aussi l’arrêt de la participation de la Confédération aux mécanismes de « dialogue social » à l’instar du Conclave sur les retraites. 

Le document confédéral n’apporte pas de réponses concrètes aux difficultés que pose l’institutionnalisation de notre syndicalisme et qui s’accompagne de la submersion de nos mandatés par les réunions avec le patronat. 

Une autre question, connexe et peut-être davantage centrale, est celle de la place de nos élus et mandatés dans le processus de lutte, la priorisation des tâches et objectifs et la construction du rapport de force. Une réponse, parmi d’autres, à ce sujet pourrait être l’idée qu’il faut, et c’est dans l’ADN de la CGT, mener un double mouvement de processus de lutte : trouver de la force et de la volonté ET à l’intérieur de l’entreprise/service mais aussi à l’extérieur, avec l’interpro, c’est-à-dire construire – sans les séparer artificiellement – le rapport de force avec l’ensemble des syndicats d’un même bassin d’emploi ou territoire, de l’Union locale et de l’Union départementale. 

Affinons encore davantage la réflexion quant à la question de la participation à des instances de dialogue social. Nous récusons la vision confédérale actuelle qui semble percevoir la démocratie sociale et syndicale uniquement par le biais du paritarisme et du dialogue social. 

Ce paritarisme parasite cette réflexion : notre objectif n’est pas de « partager » quoi que ce soit, et certainement pas le pouvoir, avec ceux et celles qui nous exploitent. Nous ne voulons pas « cogérer » le système, nous voulons le renverser, c’est-à-dire remettre les choses à l’endroit et le diriger. C’est bien parce que les travailleurs et les travailleuses sont les seuls créateurs des richesses que ces derniers doivent être à la tête du régime politique, économique et social.  

Les droits et libertés sociales et syndicales n’ont pas été « offerts » par le patronat et son Etat, mais ont été obtenus à coups de grèves, mouvements sociaux massifs et offensifs. Ces victoires ont bien souvent été arrachées au prix, aussi, d’une répression gouvernementale et patronale violente. 

Soulignons ici que la répression qui frappe quotidiennement l’ensemble de la classe ouvrière, organisée comme non-organisées, s’est singulièrement amplifiée depuis la défaite de la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023, se réalise avec la complicité active de la Macronie et accompagne aussi la montée en puissance électorale (et médiatique) de l’extrême-droite. 

En réalité, le document propose de sortir de l’institutionnalisation tout en soumettant l’action syndicale au cadre institutionnel.

Concomitamment, la partie du document sur les activités sociales et culturelles et l’éducation populaire ne mentionne en rien les moyens propres aux organisations CGT (ignorant l’immense atout en ce sens des Bourses du Travail) et reste uniquement sur les moyens des CSE. Elle mentionne aussi le besoin de « soutenir l’ESS » (économie sociale et solidaire) pourtant entièrement capitaliste.

A rebours, notre priorité, en toutes circonstances, n’est pas de « créer les conditions du dialogue social » mais de construire le rapport de force, entreprise par entreprise, branche par branche, secteur par secteur.

Rien ne nous sera offert « par le haut », qu’il s’agisse du patronat ou des différents gouvernements qui ne sont pas là pour « négocier » mais pour imposer leurs choix de classe. Il n’y pas de conquêtes sociales sans mobilisation de notre classe. Le prisme des élections professionnelles ne doit pas nous enfermer dans une routine électoraliste et faire oublier que la force de la CGT ne se résume surtout pas à un score électoral.