Posté le 15 octobre 2019 Par Dans En avant, Événements, Luttes Avec 2449 Vues

A partir du 5 décembre, « la grève pour bloquer l’économie, la grève pour gagner » la bataille des retraites ?

La bataille des retraites n’est pas perdue, elle n’est même pas engagée ! La CGT et la classe ouvrière peuvent et doivent réagir aux attaques par une réponse à la hauteur des enjeux, en utilisant la date du 5 décembre comme point de départ d’un potentiel mouvement d’une ampleur inégalée sous le quinquennat Macron.

Plusieurs fédérations CGT, Unions départementales CGT et syndicats CGT ont publiquement pris position ces deux dernières semaines en faveur d’une grève massive à partir du 5 décembre, en prenant appui sur l’appel à la grève illimitée de la RATP.

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La manifestation du 24 septembre et les luttes sectorielles (RATP, finances publiques, santé et action sociale, urgentistes, Gilets jaunes, mobilisations sur le climat, lutte contre le projet Hercule de démantèlement d’EDF, luttes contre la privatisation d’Aéroport de Paris et de la Française des Jeux, etc..) traduisent la colère sociale qui agite notre pays sans pour l’instant réussir à mettre le pouvoir à genoux.  L’interprofessionnalisation des luttes peut renverser cette situation.

Multiplication des appels de structures CGT pour une grève massive en décembre

La puissante grève des agents de la RATP le 13 septembre dernier pour défendre leur régime spécial de retraite a été perçue à juste titre comme un coup de semonce et une démonstration de force capable de paralyser la capitale, perturber et désarticuler une partie non négligeable de l’activité économique.

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Surtout, l’appel à la grève illimité dans les transports parisiens à partir du 5 décembre prochain a suscité un véritable espoir chez de nombreux travailleurs qui y voient l’occasion inespérée de construire les conditions d’une grève générale illimitée et reconductible.

Bien sûr, il faut être conscient qu’en dehors de la CGT, certains syndicats ne veulent pas de la convergence mais seulement la défense de leurs propres intérêts corporatistes. A l’inverse, et du point de vue de l’unité de classe, l’objectif et l’enjeu d’une grève générale le 5 décembre est d’éviter le piège de la division et montrer qu’une autre stratégie syndicale, hors des salons et des tables de négociation, est possible, nécessaire, et surtout, efficace.

Chacun sait que les secteurs d’activités n’existent pas indépendant les uns des autres, en vase clos. C’est d’ailleurs bien une spécificité de la lutte sur les retraites : nous sommes tous concernés par cette contre-réforme au-delà des métiers, professions, secteurs, branches d’activités. La contre-réforme des retraites portée par le gouvernement représente en réalité un choix de société global et à ce titre, nécessite une grève générale, tous ensemble, en même temps. Le rôle historique de la CGT, de la « Confédération » est justement de « conféderer » les luttes, de faire en sorte que l’interpro soit une réalité en pratique et non en paroles creuses.

A l’heure actuelle, deux fédérations CGT (Industries Chimiques et Services publics), trois Unions Départementales CGT (Bouches-du-Rhône, Val-de-Marne, Val d’Oise) ont publiquement pris position pour mettre en débat la journée du 5 décembre et construire un mouvement capable de faire reculer Macron. Du côté des cheminots CGT, si la fédération n’a pas encore fait connaitre sa position, au moins deux syndicats ont publiquement formulé leur jonction avec la grève du 5 décembre. Les raffineurs et pétrochimistes de Total ont décidé de rallier la date du 5 décembre 2019 pour un appel à la grève reconductible sur tous les sites en France, l’ensemble de la branche Pétrole est interpelée.

Toutes les structures syndicales citées ont affirmé mettre en débat la perspective d’une grève générale, illimitée et reconductible au sein de leurs organisations et syndiqués.

La grève du 5 décembre, tremplin pour une réelle interprofessionnalisation des luttes ?

Pour nos camarades de la CGT RATP Bus Section Pleyel, les choses sont simples : « c’est la grève générale qu’il faut viser, partout. […] En décembre prochain, personne ne doit manquer à l’appel ».

Interrogé par son syndicat des services publics, l’Union départementale CGT 95 a réagi et interpelé à son tour l’ensemble des structures de la CGT pour réfléchir et construire « un grand mouvement social avec une grève reconductible décidée en AG à partir du 5 décembre 2018. »  « L’opinion publique est favorable à un réel mouvement de lutte unitaire sur la durée pour faire plier le gouvernement. […] Mais il est temps maintenant à notre sens, que la CGT fasse davantage pression sur le gouvernement et le Medef, là où ça fait mal. C’est-à-dire en paralysant l’activité économique ! », déclare encore l’UD CGT 95.

« Nous avons toutes et tous besoin d’une mobilisation générale. […] Si nous sommes tous concernés, il semble logique de nous mobiliser tous ensemble », affirme de son côté la Fédérations CGT des Industries Chimiques (FNIC) tandis que l’Union départementale CGT 94 explique que : « seule l’action interprofessionnelle reconductible, la paralysie des profits, de l’économie et des grandes administrations peuvent aujourd’hui nous faire gagner. »

« D’ores et déjà, la date du 5 décembre rassemble de nombreuses structures sur le plan interprofessionnel et intersyndical et s’affirme comme une perspective majeure dans le combat à mener pour défendre nos retraites et faire reculer le gouvernement », constate de son côté la Fédération CGT des Services publics dans son adresse publique.

Pour sa part, l’Union départementale CGT 13 a appelé à « d’autres journées de grèves interprofessionnelles en octobre et novembre pour conforter les luttes en cours et favoriser le Tous Ensemble, afin de donner envie et confiance au plus grand nombre dans nos capacités collectives à stopper ce gouvernement à la solde des actionnaires et de la finance et à gagner sur nos revendications. ». « Les Syndicats CGT des Bouches du Rhône ont décidé de s’engager dans la construction d’un mouvement de grève reconductible à partir du 5 décembre prochain. », ajoute l’appel de l’UD CGT 13.

Le syndicat CGT des cheminots de Trappes et Rambouillet a de son côté déclaré que la date du 5 décembre devait être « reprise au niveau interprofessionnel et préparé par l’ensemble des organisations de la CGT pour constituer le point de départ d’un tel mouvement. » « Notre syndicat se met d’ores et déjà en ordre de bataille pour le faire sur son périmètre d’intervention. », ajoutent les cheminots de Trappes et Rambouillet.

« Nous pensons donc qu’il devient urgent que notre Fédération se prononce pour un appel à la grève illimitée à compter du 5 décembre prochain et impulse dans la CGT pour la construction d’un mouvement « tous ensemble » à partir de cette date, non par la convergence des luttes mais par la confédéralisation du combat de classe, devant unir les salariés du public et du privé autour de nos revendications sur les retraites. », affirme également le syndicat CGT des cheminots de Versailles.

Construire dès maintenant le « tous ensemble, en même temps » dans chaque syndicat et sur chaque lieu de travail

« Le rejet massif et général de la réforme Macron des retraites [est] un enjeu interprofessionnel et intergénérationnel » rappelle également la Fédération CGT des Industries chimiques. « Les mobilisations par professions doivent converger pour rejeter le principe même de la réforme et acquérir un rythme qui doit s’accélérer et s’élargir pour parvenir à un arrêt de l’économie française. », ajoute encore la FNIC dans son communiqué.

La fédération des Services publics a par ailleurs pointé du doigt les « limites des journées d’action isolées qui ne correspondent plus aux attentes des militants et des agents, et sur la nécessité d’œuvrer au « tous ensemble » à la même date sur des revendications communes ».

« Il ne s’agit pas d’en rester à son seul et unique secteur professionnel pour mobiliser, si l’on souhaite la convergence des luttes dans le public, comme dans le privé. », rappelle également l’UD CGT 95.

REUTERS/Christian Hartmann (FRANCE – Tags: POLITICS BUSINESS EMPLOYMENT)

Ces constats sont pleinement partagés par les autres structures dans leurs communiqués respectifs. Pour l’Union départementale CGT 13, « seule une mobilisation d’ampleur, inscrite dans la durée et devant conduire à un blocage de l’économie fera reculer gouvernement et patronat […] » « La date du 14 novembre pourrait constituer un ultimatum pour le gouvernement qui, s’il persistait dans sa volonté de casser notre système de retraite solidaire et notre modèle social, porterait avec le patronat l’entière responsabilité de la situation créée à partir du 5 décembre. », ajoute l’UD CGT 13.

Selon la FNIC, au plan complet de l’ennemi, « il nous faut opposer notre propre projet de société ! […] Le projet de société des travailleurs ne peut pas consister à négocier des aménagements « à la marge » des politiques actuelles, il nécessite la construction d’un processus de luttes convergentes pour aboutir à sa mise en place, non pas comme un compromis pour alléger le poids des chaines, mais comme une véritable alternative, décidée par les travailleurs et construite par eux. »

Notre système de retraite vaut bien une grève générale et le blocage du pays

Combien de temps allons-nous laisser Macron, Delevoye, Castaner, Schiappa et consorts dormir sur leurs deux oreilles ? Allons-nous accepter l’isolement des luttes en croisant les doigts pour que certaines dates de mobilisation, parfois unitaires, parfois interprofessionnelles, parfois professionnelles, se croisent ?

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Allons-nous laisser certains dirigeants syndicaux poursuivre leur « dialogue social », par des contacts avec le gouvernement et Delevoye, pour « sauver » leurs régimes spéciaux ? Halte au corporatisme ! Contre la guerre sociale qui est menée contre nous, notre stratégie syndicale ne peut se contenter de lobbying auprès des donneurs d’ordre ou d’une journée unique de manifestation par mois.

Les capitalistes veulent la destruction de notre système des retraites et ils l’obtiendront si nous ne jetons pas toutes nos forces dans la bataille. Il est sans doute plus que temps de démontrer que sans les travailleurs, rien ne bouge dans ce pays, rien n’est produit, rien n’est transformé, transporté, vendu, etc… Ce que tous les travailleurs désirent, c’est d’infliger à Macron une défaite si grande qu’elle montrera notre force et notre détermination à tous les politiciens en attente de strapontins.

Syndiqué ou non, le choix est assez simple. Ou bien laisser les grévistes de la RATP se battre seuls contre la fin de leur régime spécial, ou bien élargir par l’action et la grève générale le rejet global de la fin de notre système de retraites.

Allons-nous prendre nos responsabilités collectives et individuelles ? Allons-nous réaliser l’unité par l’impulsion interprofessionnelle, le blocage du pays, la paralysie des activités économiques, l’envoi d’un puissant signal d’espoir à tous les travailleurs et le rejet de la réforme des retraites, en bloc et en actes ?

Apprenons-leur, une bonne fois pour toutes, à ne plus jamais sous-estimer la force de frappe de notre classe et la capacité d‘organisation et d’action de notre Confédération Générale du Travail.

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